M-Eve's profile** Univers Marie-Eve **PhotosBlogListsMore Tools Help

Marie-Eve

Occupation
Location
Interests
Après mon bac en histoire j'ai entrepris une formation en archivistique. Je fais présentement des cours préparatoires pour ma maîtrise. Passionnée pour les langues, je parle le français, l'anglais l,espagnol et l'italien, j'aimerais appprendre aussi le japonais, portugais et l'allemand. J'ai des connaissances en grec ancien et en latin

Windows Media Player

Lists

** Univers Marie-Eve **

Vis comme si tu allais mourrir demain, mais apprends comme si tu vivrais éternellement!!!
9 août  
Photo 1 of 24

Du nouveau, plein de nouveaux... et que des bonnes choses!!!

Bonjour à vous, Merci pour les messages blogs et mails....
 
S'il y a un bon moment que je n'ai rien ajouté c'est que tant de choses ont changés... pour le mieux..... il y aurait maintenant fort à faire et beaucoup à dire!!!!
 
Nouveau boulot, beaucoup plus stimulant, en plus de la reprise de mes fonctions aux archives.... Ce qui m'occupe passablement....
 
Nous sommes finalement emménagés dans notre nouvelle maison. C'est énormément de choses à faire mais tout y est formidable, la maison, le terrain, le quartier, même nos locataires et les voisins!!!!
Il a fallut tout repeindre en entier, faire une cession de bail et trouver un nouvel occupant in-extremis et démarer notre piscine qui ressemblais davantage à un "monstre des marais".
Entre les feux dans la cours le soir, les balades avec les toutous dans le quartier et les randonnées jusqu'à la grève avoisinante, les soirées sont trop courtes et tout va trop vite pour que nous puissions en profiter à notre goût!!!
Nous venons tout juste d'avoir notre nouveau branchement internet... Ce qui n'aidait pas à l'entretient de mon site et ce qui m'a un peu ralentie dans les réponses à mes mails. J'ai changée d'adresse courriel, l'ancienne n'est plus fonctionnelle, faites-moi signe pour avoir ma nouvelle adresse.
 
Finalement, j'ai assistée à ma collation des grades, j'ai donc officiellement diplômée. Je suis admise en septembre à la maîtrise en archivistique, changement au programme et je reporte donc simplement ma thèse en histoire à un moment ultérieur. La maîtrise en archivistique étant avec stage, je suis certaine de tout boucler d'ici deux ans et même de pouvoir effectuer mon stage en Italie, comme je le souhaitais au départ.
 
Tout est donc pour le mieux!!!!
 
Je me prépare a annexer les derniers travaux que j'ai réalisée, en attendant je vais reprendre ma correspondance à un rythme plus soutenue. J'ai aussi de nouvelles photos qui seront ajoutées sous peu.
 
Tout mon soutient à un ami qui vit une période sombre, je continuerai de le supporter et de l'aider de mon mieux.
Tout mes encouragement et mes meilleures pensées à mon ami encore en Afghanistan, j'ai eue trop peu de ses nouvelles dernièrement mais chacunes d'elles me réconfortent!
Pied de nez en passant à une personne jalouse et incompréhensive, ce que je laisse paraître sont des info générales frappantes pour quiconques me connaît un tant soit peu.... mon jardin secret demeure et demeurera immense et à découvrir!
 
En vous souhaitant à tous un très bel été, de bonnes vacances tandis que j'attends fébrilement les miennes... et à très bientôt à tout ceux qui prennent la peine de me visiter, me lire et m'écrire!!
 

FreeCompteur Live
 
 

Bonjour! vous naviguez dans mon univers depuis:
Bonne visite!

Shakespeare et le soleil....


Bonjour! Quelle belle journée.... je me languis du printemps et des chaudes journée.....
En attendant voici quelques citations de Shakespeare parlant du soleil (il y en a beaucoup d'autres!)
Et essayez de profitez des quelques belles journée d'ici l'arrivée réelle du printemps.
 

O! how this spring of love resembleth

The uncertain glory of an April day,

Wich now shows all the beauty of the sun,

And by and by a cloud takes all away!

(Shakespeare, The two gentlemen of Verona)

 

Study is like the heaven’s glorious sun,

That will not be deep-search’d with saucy looks;

Small have continual plodder ever won,

Save base authority from others’ books.

These earthly godfathers of Heaven’s lights

That give a name tu every fixed star,

Have no more profit of their shining nights

Than those that walk and wot not what they are.

(Shakespeare, Love’s labour lost)

 

Lear:                So young, and so untender?

Cordelia:            So young, my lord, and true.

Lear:                Let it be so; thy truth then be thy dower:

For, by the sacred radiance of the sun,

The mysteries of Hecate and the night,

By all the operation of the orbs

From whom we do exist and cease to be,

Here I disclaim all my paternal care,

Propinquity and property of blood,

And as a stranger to my heart and me

Hold thee from this for ever.

(Shakespeare, King Lear)

 

The self-same sun that shines upon his court

Hides not his visage from our cottage, but

Looks on alike.

(Shakespeare, The winter’s tale)

La St-Patrick, 17 mars, un peu d'histoire....

Voici prochainement arriver la St-Patrick.....
L'occassion d'une bonne bière verte certe, mais peu de gens connaissent l'origine de cette fête. Voici donc:
 

Il est bien difficile de séparer la légende de l'histoire vraie lorsque l'on parle de St Patrick . Au V ème siècle (432), Patrick a 16 ans lorsqu’il est victime d'un raid des Celtes à la recherche de main d'œuvre en Grande-Bretagne. Après avoir été berger, il s'enfuit en Gaule où il est ordonné moine au monastère de Leirins, près de Cannes. Puis devenu évêque, il revient en Irlande pour l'évangéliser avec succès et sans violence. La tradition prétend qu'il a chassé les serpents du pays les bannissant à jamais. Un seul lui aurait résisté. Mais Patrick lui demanda d'entrer dans une caisse. Le serpent se défendit prétendant qu'elle était trop petite. Puis voulant prouver qu'il avait raison, entra dans la boîte. Patrick en profita pour la fermer et la jeter à la mer. (En fait il n'y aurait jamais eu de reptiles depuis que le pays fut séparé du continent à l'ère glaciaire. Cette histoire est surtout symbolique de la fin des rituels païens car le serpent est un symbole que l'on retrouve souvent dans ces religions.) Patrick convertit les chefs de guerre et les princes, les baptisant, ainsi que plusieurs milliers de leurs sujets à Holy Wells. L'évêque est à l'origine de la tradition monastique et missionnaire de la terre dont il devient le Saint Patron.

L'autre légende irlandaise essentielle est celle du trèfle (Shamrock, à 3 feuilles et non 4) qui symbolise la croix et la Sainte Trinité. Avant l'ère chrétienne, la plante était sacrée pour les druides. St Patrick s'en servit pour illustrer l'existence de la Saint Trinité dans ses prêches.
(Il
est intéressant de noter que le trèfle est d'ailleurs un remède contre les morsures de reptiles et de scorpions).

 

Pour en savoir plus: http://membres.lycos.fr/evelynebedard/St-Patrice/histoire.htm

 

Et Bonne St-Patrick à tous (en vous rappelant que la modération à toujours meilleur goût!)

My guessbook!!! Welcome! Bienvenue!

 

 

** Sign my guessbook! **

** Bienvenue à tous! **

 

Bonjour amis cinéphiles!!

 J'ai rajouté des images de mes films préférés, je ferai une fiche technique pour chacun. Vos commentaires sur ces films sont très appréciés! bonne journée!

Fables d'Ésope.... les reconnaissez-vous?

La fourmi et le hanneton
   Par un jour d'été, une fourmi errant dans la campagne glanait du blé et de l'orge qu'elle mettait de côté pour s'en nourrir à la mauvaise saison. La voyant faire, un hanneton s'étonna de la trouver si dure à la tâche, elle qui travaillait à l'époque même ou les autres animaux oublient leurs labeurs pour jouir de la vie. Sur le moment, la fourmi ne dit rien. Mais plus tard, l'hiver venu, quand la pluie eut détrempé les bouses, le hanneton affamé vint la trouver pour lui quémander quelques vivres: "O hanneton!", lui répondit alors la fourmi, "si tu avais travaillé au temps ou je trimais et ou tu me le reprochais, tu ne manquerais pas de provisions aujourd'hui."
   De même, quiconque en période d'abondance ne pourvoit pas au lendemain connaît un dénuement extrême lorsque les temps viennent à changer.
 
Le corbeau et le renard
  Un corbeau qui avait enlevé un morceau de viande, puis s'était perché sur un arbre. Un renard l'aperçut. Voulant s'emparer de sa viande, il vint se tenir devant lui et entreprit de louer sa belle taille et sa prestance; en outre, nul autre oiseau ne méritait plus que lui la royauté, qu'il aurait sans doute obtenue, pour peu qu'il eut de la voix! Le corbeau, pour lui prouver qu'il en avait bien, laissa tomber la viande et croassa de toutes ses forces. Alors le renard se précipita et, saisissant la viande: "O corbeau", déclara-t-il, "si tu avais aussi de la cervelle, il ne te manquerait rien pour régner sur tous les animaux!"
  Cette fable s'applique aux imbécile
 
Et juste pour le curieux (et le comique) de cette fable:
Zeus et la Pudeur
   Quand il eut façonné les hommes, Zeus mit en eux les diverses dispositions, n'oubliant que la seule Pudeur. Ne sachant par ou l'introduire, il lui ordonna donc d'entrer par l'anus. La Pudeur, mortifiée, commença par protester, mais comme Zeus redoublait ses instances: "Eh bien, soit!", dit-elle enfin; "j'entre, mais à une condition: si quelqu'un d'autre entre derrière moi, je ressors aussitôt!" Voilà pourquoi, depuis lors, les prostitués n'ont aucune pudeur.
   Cette fable pourrait s'appliquer aux efféminés!
 
Sacré Ésope!!!!!

amitié

Mes secrets les plus intimes
Tu sais les garder
Mes rêves les plus ambitieux
Tu sais les encourager
Mes peurs les plus profondes
Tu sais les atténuées
Mes désespoirs les plus sombres
Tu sais me les faire oublier
Mes succès les plus grands
Tu sais les féliciter
 
Voilà à quoi l'on reconnait une vraie amitiée!

FreeCompteur.com Bienvenue!

Visite 360° du Machu Picchu

Bonjour,
Voici un lien "comme si vous y étiez" ... j'ai tellement hâte d'y être! La visite vaut la peine et aidera votre espagnol!!!
 

Sites des plus beaux musées du monde

Bonjour, voici une liste (encore incomplète) des plus beaux musées du monde... À défaut de pouvoir tous les visiter immédiatement, ces sites s'avèrent fort intéressants.... Bonnes visites!! Je ne suis malheureusement pas très aux fait des musées orientaux, si vous connaissez de bonnes adresses n'hésitez pas à me les envoyers... si j'ai commis de graves omissions aussi!! ;)
http://www.polomuseale.firenze.it/bargello/ (musée du Bargello à Florence)
http://www.thais.it/scultura/rgb1.htm (Gallerie Borghèse à Rome)
http://www.egyptianmuseum.gov.eg/ (The egyptian museum, musée du Caire, Égypte)
http://www.salvador-dali.org/ (Musée Dali, Figueras, Espagne)
http://www.rom.on.ca/index_fr.php (Musée royal de l'Ontario, Canada)
http://www.musee-mariemont.be/ (Musée royal de Mariemont, Belgique)
http://museoprado.mcu.es/home.html (Musée du Prado, Madrid)
http://www.museoegizio.it/ (Musée Égyptien de Turin, Italie)
http://www.museonazionaledelcinema.org/ (Musée national  du cinéma de Turin)
http://www.museum.ie/ (Musée national de l'irlande, Dublin)
http://www.nms.ac.uk/nationalmuseumhomepage.aspx (Musée national de l'Écosse, Edinbourg)
http://www.polomuseale.firenze.it/uffizi/ (Musée des Offices, Florence)
http://www.metmuseum.org/home.asp (Metropolitain museum of art, New-York)
http://www.toweroflondontour.com/ (Tour de Londre et visite virtuelle, Londre)
http://www.royalbcmuseum.bc.ca/MainSite/default.aspx (Musée royal de la Colombie Britannique, Canada)
http://www.africamuseum.be/ (Royal museum for Central Africa, Belgique)
http://www.royalsaskmuseum.ca/ (Musée royal de la Saskatchewan, Canada)
http://www.vanmuseum.bc.ca/ (Musée royal de Vancouver, Canada)
http://americanart.si.edu/index3.cfm (Smithsonian America art museum, Washington DC, USA)
http://www.citymuseumdc.org/ (Historical ociety of Washington DC, USA)
http://www.annefrank.org/content.asp?pid=1&lid=5 (Site officiel de la maison d'Anne Frank, Amsterdam)
http://perso.orange.fr/musee.jeannedarc/index.htm (Musée Jeanne d'arc, Rouen, France)
http://www.musee-moyenage.fr/ (Musée national du Moyen-âge, Musée de Cluny, Paris)
http://www.musee-rodin.fr/ (Musée Rodin, Paris)
http://www.ushmm.org/ (United states Holocaust museum, Washington DC, USA)
http://www.allardpiersonmuseum.nl/ (Allard Pierson museum, Amsterdam)
http://sbmp.provincia.venezia.it/mir/musei/venezia/home_a.htm (Musée archéologique de Venise, Italie)
http://www.museopoldipezzoli.it/ (Musée Poldi Pezzoli, Milan, Italie)
http://www.archeona.arti.beniculturali.it/sanc_it/mann/home.html (Musée archéologique de Naples, Italie)
http://www.mnarteantiga-ipmuseus.pt/ (Musée national d'art antique, Lisbonne, Portugal)
http://museodeamerica.mcu.es/ (Musée des Amériques, Madrid)
http://www.mna.inah.gob.mx/ (Musée national d'anthropologie, Mexico)
http://www.museoreinasofia.es/portada/portada.php (Musée d'art de la reine Sophie, Madrid)
http://www.soumaya.com.mx/ (Musée Soumaya, Mexico)
http://www.snm.sk/ (Musées de Slovénie)
http://www.hermitagemuseum.org/ (the State hermitage museum, St Petersburg)
http://www.regione.umbria.it/cultura/musei/TODI/MUS_PIN/index.htm (Museo Pinacoteca Palazzo Communale, Bologna)
http://www.museoscienza.org/ (Musée Leonard de Vinci, Milan)
http://www.museupicasso.bcn.es/cast/index_cast.htm (Musée Picasso, Barcelone, Espagne)
http://www.culture.gr/2/21/214/21405m/e21405m1.html (Musée archéologique d'Athènes, Grèce)
 
Et finalement, le "web gallery of art" qui est une base de donnée pour la peinture en Europe
et la "réunion des musées nationaux" qui offre l'une des plus belle banque d'images des musées de France

Lien vers un jeu "intelligent"

Bonjour, voici un lien vers un jeu de géographie très bien fait, intelligent et gratuit.... attention si vous pensiez être doués. Les niveaux de difficultés sont surprenant. Il s'agit de placer les pays et/ou capitales et/ou entitées géographiques de l'Europe.
Bon divertissement!!!!

Ainsi va la vie (1)

Bonjour!
Sur cette page j'ai mis quelques travaux en cours d'exécution, tant pour mon certificat en archivistique que pour mon bac. (Je ne crains pas la critique et j'adore les commentaires que je lis attentivement! merci!) Les photos me représentent bien, j'adore les photos de voyage... d'ailleurs je ne tient plus en place à cette période de l'année...... J'ai mis aussi des photos de mes deux sauts en parachute, le premier fait avec ma soeur, et le second avec ma soeur et mon frère pour les 18 ans de ce dernier. C'est une expérience innoubliable qui vaut vraiment la peine!!!! (Pour tout ceux qui hésitent...... LETS GO!!!!!!) Les images cutes, images 3d, pas croyables et stéréogrammes sont là pour votre bon plaisir, j'aime à me divertir avec ce genre de trucs qui donne è penser un peu.... disons que ça change le mal de place après un blitz d'étude!!!
Semaine de lecture enfin... ça me donne un petit moment pour me reposer et faire le point.....
Beaucoup de projets pour les prochains mois, je termine à la fois mon bac et mon certificat, j'ai très hâte de passer à la maîtrise enfin!!!
J'attends toujours des nouvelles des archives pour mon renouvellement de contrat, j'espère bien en avoir sous peu.... Je travaille à contrat depuis 5 ans pour les archives nationales, nous faisons la description et l'indexation des registres de la Nouvelle-France (Civils, criminels, prévôtés, Amirautés, procès-verbaux d'arpentages, biens des Jésuites, ... et fonds spéciaux) le tout dans le cadre du projet Champlain pour les fêtes de Québec 2008 (400ème anniverssaire de la première ville en Amérique) En bref, c'est une vaste entreprise de numérisation des documents du régime français, il y a déjà plus d'un million d'images en ligne sur le portail des archives Canada/France. J'adore ce boulot.
Je déménage en juin dans notre nouvelle maison (la photo de la maison est sur ma page)! C'est très motivant l'achat de sa première maison ... et nous avons plutot bien choisis la notre. C'est un grand triplex dans un  très beau quartier de Beauport, je vais enfin avoir mon terrain, une vaste cours pour y faire jouer mes toutous (j'ai 3 petits caniches, dont les photos sont sur ma page, et ma soeur en a un), une terrasse avec une piscine pour les BBQ l'été et un foyer dans mon grand salon pour faire mieux passer les longues soirées d'hiver.
J'organise mon prochain voyage à destination du Pérou pour le mois d'août (Cuzco, Machu Picchu, Pisco, Lac Titicaca et Iquitos).
Au retour de mes vacances je devrais débuter ma maitrise enfin!!!
En octobre nous prévoyons faire l'acquisition d'une voiture pour faciliter nos déplacement, c'est la première fois que nous quittons le centre-ville mais nous somme à 5 min. en voiture.
Ca fait pas mal de changement pour cette prochaine année... et plus que tout j'ai hâte à l'été!!!!!!!!!!!!!!! 
 

Comparaisons début des religions mésopotamiennes et hébraiques

Introduction

Le polythéisme évident des religions issues de la zone mésopotamienne contraste très nettement avec la religion biblique. Les différences entre ces deux cultes sont nombreuses et concernent d’une part les divinités, leurs attributions, leurs aventures, leurs relations avec le monde des hommes et, d’autre part, le culte, le clergé et les pratiques religieuses.

Pour les Hébreux, la naissance de l’idée de monothéisme débuta avec Abraham mais elle prit beaucoup de temps à se concrétiser et à être mise en pratique. Le passage du polythéisme au monothéisme se fit donc par étapes successives.

 

Les multiples dieux de la Mésopotamie

Il n’existe pas de religion babylonienne ou akkadienne indépendante de la religion sumérienne car la proximité de ces civilisations a très tôt engendré un syncrétisme évident. Les dieux mésopotamiens étaient anthropomorphiques, c’est-à-dire conçus et représentés comme des hommes. Ils avaient les mêmes besoins et passions mais étaient des hommes extraordinaires qui étaient dispensés des servitudes de la vie et de tout ce qui nous oppriment (la mort, la vieillesse, la maladie,…). Ils étaient également dotés de pouvoirs surnaturels bien au-dessus de notre entendement. Leur force et leur vie ne connaissent pas de limite et, aussi nombreux qu’ils soient, leurs volontés ne s’opposent pas ou finissent toujours par s’accorder contrairement à certains panthéons plus vindicatifs comme celui des Grecs.

 

Le nombre de ces dieux est considérable et afin de mettre un peu d'ordre dans cette multitude, ils sont regroupés autour de quelques grands dieux. Chacun figure ainsi avec ses épouses, sa descendance, sa parenté, sa cour et ses serviteurs. L’existence de puissants dieux locaux est caractéristique de la religion mésopotamienne. Chaque ville a son dieu auquel elle élève un temple; vrai maître de la cité, le dieu délègue son autorité au souverain local. Outre ces divinités "national", les villes honoraient simultanément d’autres dieux. Pour les Sumériens, le dieu protecteur d’une cité en était comme le propriétaire. En-lil est le dieu "national" de la Mésopotamie et il forme une triade divine avec le dieu An, dieu d’Uruk et le dieu En-ki. Le grand dieu An est le maître suprême; le dieu En-lil veille sur l’accomplissement des mesures qui maintiennent la société humaine dans le bon ordre. Quant au dieu En-ki, il incarne la vertu suprême et la condition de toute vie véritable. Une deuxième triade comprend les divinités astrales.

 

 

La religion au quotidien en Mésopotamie

Les mythes et les rites mésopotamiens sont empreints d’un sentiment constant de frustration, ce sentiment est parfois très apparent surtout dans les récits et il culmine avec la vaine tentative de Gilgamesh pour trouver la vie éternelle.

Chaque dieu, comme chaque homme, doit se tenir à sa juste place et y exercer sa propre fonction. À l’égard des divinités, le fidèle éprouve avant tout un sentiment de respect et de crainte : les dieux sont tout-puissants, magnifiques et redoutables; l’humanité est crée pour les servir. Pratiquement tous les peuples mésopotamiens furent très religieux et la religion fut toujours à l’arrière-plan de tous leurs actes.

Les statues des dieux furent un élément important dans la concrétisation de l’attitude religieuse sumérienne. Des souverains ainsi que de grands personnages plaçaient également leur statue dans les temples afin que, comme celles des dieux, elles s’y tiennent continuellement à leur place et se substitue à eux en leur absence.

Le sort des hommes dépendait de l’accomplissement de leur devoir en tant que serviteurs des dieux et des déesses. L’une des tendances fondamentale des Sumériens fut de rechercher partout l’ordre, l’harmonie, la correspondance et la collaboration entre le monde des divinités et celui des humains.

Il existe des forces mauvaises dans le monde, et divers génies et démons peuplent l’univers sumérien.

 

La religion et l’administration en Mésopotamie

Les dieux étant à l’image des hommes et ayant les même besoins ont donc besoin des prêtres pour célébrer leurs cultes, garder leurs trésors, bijoux et mobilier, mais surtout pour pourvoir à leur nourriture et veiller à ce que la table soit toujours bien garnie. Les denrées qui y sont déposées proviennent des entrepôts où sont conservés les dons des fidèles et surtout les produits des domaines dont les temples étaient propriétaires. Les divinités mésopotamiennes habitent leur domaine propre (le ciel, le monde souterrain ou les temples). Les temples sont les maisons des dieux lorsqu’ils séjournent parmi les hommes.

Le souverain babylonien, bien que choisi par les dieux, ne possède pas le statut divin mais il est un grand prêtre, occupant ainsi une position importante au sein du culte. Ce dernier est chargé d’interpréter la volonté des dieux et d’entretenir des rapports bienfaisants pour la nation par le strict accomplissement des cérémonies quotidienne. Si la divinisation post-mortem des rois se retrouve chez les Akkadiens et les Sumériens, elle est davantage le fait des Akkadiens car chez les Sumériens, le rang ou parvenaient les rois parmi les dieux demeurait modeste et faisait penser, bien souvent, davantage à une exaltation qu’à une véritable divinisation.  Sur le code d’Hammourabi, ce dernier y indique nettement que son pouvoir royal et, plus particulièrement, son pouvoir de législateur, lui vient des dieux.

 

 

Les premières croyances d’Israël

Pour les partisans du monothéisme, leur monde divin se concentrait sur le Dieu unique et transcendant qui n'avait pas le moindre trait anthropomorphique ni le moindre besoin de fidèle pour le servir.

En dépit de toutes ces associations avec les mythes et rites courants dans le Proche-Orient, la littérature suivante exempta Yhwh de toutes relations familiale avec d’autres membres d’un panthéon (pas d’épouse comme Isis ou Ishtar, ni de fils et filles divins). Il constituait la divinité unique et suprême dont l’action et la parole avaient mis de l’ordre dans le chaos. «Tu n’auras pas d’autres dieux que moi». Il n’y a qu’un seul Dieu et lui seul est le créateur de l’univers entier. Dans la forme définitive que prit la littérature hébraïque, Yhwh fut représenté comme le créateur exclusif de toutes les sortes d’existences dans le ciel et dans tout l’univers.

 

«Tu ne feras pas d’idoles». Israël exclu, dès les prémices de son histoire religieuse, les autres dieux et du même coup les images et les idoles qui sont condamnés et rejetés. Les prophètes luttèrent pratiquement sans répit contre le polythéisme et l’idolâtrie.

 

Dans certains passages de l’Ancien Testament, on prête parfois à Dieu des traits anthropomorphiques (la Bible dit de temps à autre que Dieu est en colère, affligé; dans la Genèse, Dieu peut prendre forme humaine, marcher, manger, etc.… Gn 3,8 ; Gn 18), mais, jamais Dieu n’agit de manière répréhensible. Yhwh se détache toujours de l’homme par son comportement moral irréprochable. Yhwh agit avec sagesse. En ce sens, Dieu n’est pas homme, il est bien au-dessus de lui.

 

L’administration et la religion en Israël

Après la mort de Salomon, le Temple de Jérusalem et son culte devinrent le centre unificateur du royaume méridional de Juda. Le culte de Jérusalem se transforma en un puissant facteur de cohésion de peuple juif. La construction du Temple de Jérusalem fit de ce lieu l’unique lieu de culte à Yhwh au détriment de tous ceux qui existaient auparavant. L’ensemble de sanctuaires ne doit pas laisser entendre une multiplicité de dieux car c’est le seul et unique Yhwh qui y est honoré. Il est établi que le royaume du sud fut moins syncrétique et demeura plus fidèle à la tradition du Yahvisme. Dans royaume de Juda, l’accent était mis sur l’Alliance conclue d’abord avec Abraham, puis avec Moïse et enfin avec la maison de David. Mais les relations théocratiques s’exerçaient essentiellement avec Yhwh considéré comme le roi d’Israël, le souverain régnant n’étant que son délégué, chargé de maintenir l’observation de l’Alliance et du culte. Dans le culte de Jérusalem, les rois de la dynastie davidique remplissaient leurs fonctions au temple en tant que serviteurs oints de Yhwh, avant que ces fonctions ne fussent reprises par le clergé après la dissolution de la monarchie. Dès le XIème siècle, Yhwh était considéré comme une divinité nationale particulière qui exerçait sensiblement les mêmes fonctions que les dieux cananéens. David et ses successeurs remplirent les rites habituels comme tous les autres rois sacrés du Proche-Orient sauf qu’ils le firent en qualité d’intermédiaires et non pas d’incarnation terrestre de Yhwh.

 

La religion au quotidien en Israël

Un conflit permanent divisa les mono-yahvistes et le reste du peuple qui pratiquait la religion indigène de la végétation. Cette lutte perpétuelle entre les deux groupes se poursuivit pendant la période monarchique. Les lois du Deutéronome devinrent officielles mais, dans la pratique, elles furent ignorées pendant les règnes des quatre derniers rois de Juda et le culte composite se poursuivit comme précédemment avec des additions empruntées à la Babylonie. Jusqu’à la fin de la captivité à Babylone, les divinités des nations voisines, telles que le Syrien Baal, furent acceptées et leur culte largement adopté dans les contacts avec les Cananéens, les Assyriens et les Hittites. Plusieurs des rites et des mythes des Hébreux sont en fait des emprunts aux Cananéens qui s’établirent en Palestine. Dans une nation aussi composite que l’était Israël après l’établissement en Palestine, la fusion de ses diverses traditions religieuses était inévitable.

L’influence mésopotamienne est considérable chez les Hébreux en raison de leur long contact avec les habitants de la Mésopotamie lors de leur déportation à Babylone (Baal, déluge, 3,…)

 

Monolâtrie VS monothéisme

La monolâtrie c’est l’attachement à un Dieu en particulier sans négation de l’existence d’autres dieux. Avec la monolâtrie, le passage vers le monothéisme se précise. Il n’est plus question de tolérer les autres divinités, on reconnaît certes leur existence, mais, on leur devient hostile, c’est la grande différence. Du même coup, la divinité nationale, Yhwh pour Israël, est vue comme supérieure aux autres dieux. Cette prise de conscience de la supériorité du Dieu d’Israël, de son côté unique et particulier par rapport aux autres dieux, se fit avec Moise.  

 

Comparaisons entre les deux religions     

Le dogme de la trifonctionalité représente Dieu comme le père, le fils et l’esprit.

Le souverain des hébreux n’est pas divin, ni de son vivant, ni après sa mort, mais il est oint du seigneur ce qui signifie qu’il est choisi par lui. Pour les peuples des civilisations mésopotamiennes, comme pour les hébreux, le monde ne s’expliquait pas tout seul. Tous les phénomènes qu’ils ne parvenaient pas à s’expliquer étaient donc le fait du ou des dieux dont l’existence était indubitable. Certains éléments comme la présence d’une triade divine se retrouvent dans la religion sumérienne comme dans la religion biblique.

Dans le mythe introduit dans le récit du déluge que contient la Genèse (VI, 1-4) il est question d’une union entre les dieux astraux et des femmes mortelles donnant des héros et des demi-dieux, qui fut retenue par les rédacteurs ultérieurs impliquant une croyance à des rapports entre les dieux et les femmes de la terre comme dans la mythologie babylonienne et grecque.

Le monothéisme mais prophètes, Saints et bienheureux qui sont vénérés…

 

Comparaisons entre quelques récits religieux

Entre les récits mésopotamiens et les récits bibliques, plusieurs éléments sont semblables. D’abord, dans les deux religions, il y a des récits de création de l’univers, de la création de l’homme et du déluge. Dans les récits de l’origine de l’univers, pour les deux religions, l’ordre d’apparition des éléments qui composent l’univers est sensiblement le même et dans les deux cas, avant la création, l’eau était présente, Dans les deux textes, le ciel et la terre sont séparés avant l’apparition de toute vie, ensuite seulement, les plantes et les animaux sont crées en même temps. La différence fondamentale entre ces deux récits est Dieu, la Bible présente un Dieu transcendant, qui peut créer, sans aide et par sa seule parole et son esprit, l’eau, le ciel, la mer, la terre, les astres et les êtres vivants. Dans les deux récits de la création de l’homme, l’homme est crée en vue du travail et il est fait à base de poussière et d’argile. Pour le récit du déluge, dans les deux textes, le déluge est le moyen choisi par les dieux ou Dieu pour se débarrasser efficacement de l’humanité. Une divinité ou Dieu est à l’origine du salut de quelques humains et d’un certain nombre d’animaux et dans les deux cas, une offrande est faite aux dieux ou à Dieu une fois le déluge terminé.

Griefs protestants contre catholiques

Introduction

 

Le récit débute peu avant la mort de François 1er qui survint en 1547 et se termine un an après l’entrevue de Bayonne (1565) soit en mai 1566. En France, à cette époque, les guerres de religions déchirent le royaume en deux.  

 

Grief des protestants contre les catholiques

 

Les gens du peuple étaient de plus en plus nombreux à souhaiter une profonde réforme de l’Église. Des gens de tous rangs et des tous statuts se déclarèrent en grand nombre de la religion réformée. On reprochait au clergé catholique l’ignorance générale des prêtres et des moines qui ne recevaient aucune formation appropriée. Les membres clergé était en effet d’un niveau intellectuel et moral très bas; à peine plus instruits que leurs paroissiens dont ils partageaient les goûts et le mode de vie. Le nombre des prélats qui vivaient en concubinage était considérable. Les croyants reprochèrent également au pape le luxe dans lequel il vivait et le poids des impôts qu’il prélevait dans toute la chrétienté. Mais le plus virulent de tout leurs grief s’élevait contre la vente des indulgences. 

 

Principaux objectifs du protestantisme

 

L’objectif principal était d’effectuer un retour aux textes primitifs de l’Évangile, de retourner à sa pureté originale, en retirant tous les ajouts que les catholiques y intégrèrent au cours des siècles. L’avènement de l’imprimerie facilita la diffusion de la Bible ainsi que l’apparition de nouvelles versions des livres Saints. Les ministres protestants s’empressèrent d’effectuer la traduction des Saintes Écritures qu’ils diffusèrent en plusieurs langues vulgaires ainsi, chacun put recevoir l’enseignement divin directement et sans intermédiaires.

 

Différences entre catholicisme et protestantisme

 

Le protestantisme est définit par trois grandes règles qui régissent son application. D’abord, ils prônent l’autorité de la Bible comme étant la seule dispensant les révélations divines. Les protestants préconisent les seules autorités de la Bible et des livres Saints comme source d’enseignement divin. Eux seuls possédaient les révélations et tous les fidèles devaient pouvoir y accéder par une lecture directe et quotidienne. La religion réformée soutient l’inutilité des attentes et intercessions envers la Vierge et les saints. Comme l’explique le ministre Duroy (p.177) « D’après l’Écriture, Christ est le seul médiateur entre Dieu et les hommes. Il ne faut donc pas prier la Vierge et les saints pour qu’ils intercèdent auprès du Christ, […]. La parole de Dieu en sa Sainte Écriture est claire et indubitable ». Ils répriment la vénération et le culte que les catholiques portent aux images, à leurs morts et aux saints. Le Christ est le seul intermédiaire entre le ciel et la terre, il ne faut donc pas implorer la Vierge en vain mais se borner à reconnaître cette dernière dans son simple rôle de mère. La prière, en langue vernaculaire, doit donc se limiter à invoquer Dieu comme c’est le cas pour le « Notre père » et non la Vierge tel le « Je vous salut Marie ». La seconde règle concerne le sacerdoce universel. C’est à dire que tous les chrétiens, qui sont égaux par le baptême, devraient l’être également devant Dieu et par conséquent tous sont prêtres et chargés de dispenser la parole de Dieu. C’est par cette règle que les vœux monastiques et le célibat des prêtres deviennent inutiles. La dernière règle prône le salut par la foi, c’est à dire que seul l’ardeur de la foi et l’application à étudier les Écritures Saintes apportent sur le croyant le salut de Dieu. L’aide au prochain et les bonnes œuvres ne seraient en réalité d’aucun secours et n’auraient aucunes influence quant à la Rédemption.   

 

Quelques persécutions contre les protestants

 

Le protestantisme fut durement réprimé et de nombreux huguenots subirent diverses persécutions sans aucun égard pour leurs rangs ou statuts; quelque uns des ces épisodes nous sont soulignés dans le roman de Robert Merle. Il aborde principalement les persécutions menés par Henri II contre les réformés (p. 72), il traite de la petite modération à laquelle il fit preuve sous la requête des princes allemands luthériens (p. 75) ainsi que de l’arrestation, sous son ordre, des membres du Parlement de Paris (p. 151) annihilant ainsi toute sympathie à la tolérance et ouvrant la porte à l’inquisition.

 

La réaction des religieux catholique

 

Les prêtres et autres religieux voulaient voir condamné la religion réformée. Ils tentèrent de s’en défaire par la parution d’édits, l’utilisation de la chambre ardente, de l’emprisonnement, la question et le feu.

 

Conclusion

 

Plusieurs ecclésiaste, éprouvants des difficultés monétaires, commirent quelques actions contraire au catholicisme. Actions tels que la vente des sacrements et l’augmentation des frais pour des mariages ou des enterrements. Le peuple eut ainsi l’image d’hommes, simples et communs, pour qui la vie matérielle comptait infiniment plus que la vie spirituelle.

La folie au Moyen âge, 2ème partie (*les images sont a venir)

Significations, Messages véhiculés

J’analyserai les images suivantes de façon individuelle puisqu’en plus des attributs que j’ai exposés, elles sont empreintes de significations quant à la perception du fou qu’elles véhiculent.

La représentation 22 montre le fou en forêt, endroit marginal et périphérique de la civilisation que la littérature courtoise associe abondamment à la folie. Le fou est alors présenté comme un homme sauvage. Il est à noter que le texte du psaume est en latin dans la colonne de droite et en anciens français dans celle de gauche. Il s’agit donc d’une Bible historiale.

L’image 32 représente le fou comme un juif ce qui est identifiable par le chapeau qu’il porte, caractéristique des représentations des juifs à l’époque. Le fou est incité par deux démons, l’un représentant le diable et l’autre sa mauvaise conscience. Le fou écoute attentivement le diable. Le juif est donc représenté comme étant inspiré par le diable et puisque l’on associe ici le fou au juif, il revient à dire que les juifs sont des fous et qu’ils renient Dieu.

L’image 49 représente à gauche un groupe parmi lequel on distingue des moines, qui représentent la sagesse. À droite le fou, est représenté comme étant réellement exclu et isolé. Ce qui est accentué par la différence entre les deux fonds et par la séparation évidente entre les scènes. Dans le groupe, certaines personnes ont des gestes méprisants à l’égard du fou. Il est pointé et qu’on chuchote à son endroit. Le fou est représenté avec les caractéristiques dénotant l’instabilité de sa personne que j’ai précédemment évoquées. Il regarde son pain avec un air inquisiteur et se situe à la gauche du groupe.

L’image 50 représente un fou qui se suicide. Cette scène évoque le suicide de Saül mentionné dans la Bible.[42] Il importe de rappeler qu’à l’époque médiévale, le suicide est un pêché, car le désespoir qui l’entraine est un vice.[43] Dieu seul dispose de la vie et de la mort, le suicide équivaut donc à nier Dieu. Ce qui nous rapproche du contenu du psaume. Le fou a la raison obscurcit par le mal, il est inspiré par le diable qui l’abandonne au désespoir.

L’image 51 représente un fou qui est rejeté. Il est hors de la ville que l’on reconnait à l’arrière plan par la porte et les murailles. Le fou ainsi représenté en marge de la société est un être responsable de lui-même. Hirsute, il évoque l’homme qui retourne à l’état sauvage lorsque la société l’abandonne.

La représentation 52 est en trois parties. Dans la partie du haut, des juifs, à la gauche on les reconnait grâce au chapeau caractéristique, lapident le Christ. Ils sont hors de la ville et Dieu tient dans ses mains la Bible. Sur la partie du bas, le fou et le roi qui s’entretiennent. La scène est sous-divisée par la colonne amplifiant l’isolement du fou. Il est à remarquer que cette fois c’est la ville d’où sortent les juifs qui sort du cadre de la lettrine. Les juifs sont donc représentés comme provenant ou demeurant dans des lieux marginaux, coupés de la société, entre eux.

Sur la représentation 53, la folie est mise en opposition évidente à la sagesse. Dans la section du haut, le roi prie Dieu, il l’implore. Son attitude est pieuse et signe de sagesse. Dans la partie du bas, les fous se querellent, dénotant un manque de civilité flagrant, et ne prêtent aucunement attention à Dieu.

La dernière image (54) présente ensemble un prêtre et un fou. Ils sont assis, le prêtre est plus haut qui le fou et a donc une position d’autorité ; il lui enseigne. Il y a un dialogue entre les deux et le fou argumente. Dieu les observe, les écoute et commente la scène. Trois inscriptions figurent sur la scène. Dieu d’abord dit « Les fous se disent… » Le fou affirme « Il n’y a pas de Dieu.». Je suis malheureusement incapable de lire ce que le prêtre lui répond, mais il s’efforce sans doute de corriger le malheureux.

 Conclusion

Le fou se situe à la frontière entre la révélation et l’hérésie, il est donc de nature intermédiaire. L’étude de ses représentations permet de mettre en évidence les notions d’ordre et de contre ordre ainsi que des caractéristiques de la société la société féodale. Au départ, l’image qui accompagne le psaume 52 est directement en lien avec le psaume qu’elle accompagne. À la fin du XIIIe siècle, les images deviennent de plus en plus de libres interprétations du psaume, l’essentiel étant de bien faire sentir l’impiété et donc la folie. Le fou est alors assimilé au juif, au pêcheur, au dépressif, au possédé, etc.… Ces diverses interprétations se croisent pour faire de la folie une notion large dans laquelle, au Moyen Âge du moins, on retrouve pratiquement tout ce qui sort de la norme. Cette évolution contribue donc à alimenter les craintes contre les déficients à qui l’on attribue tous les défauts de l’époque. L’intolérance qui se dessine vers 1230 envers divers groupes sociaux (juifs, lépreux, hérétiques, païens,…) touche directement les fous.

Progressivement, la folie devient une profession. Ce sont les bouffons, acteurs ou fous très légers qui simulent le masque de la folie pour distraire les grands, tant du côté de l’aristocratie que du côté de l’Église. Aux XIVe et XVe siècles, ceux-ci sont de plus en plus populaires. Ils portent une tenue devenue symbolique: habit coloré et ajusté, chaperon à pointe, ils tiennent une marotte, bâton terminé par une tête qui se veut l’antithèse du sceptre royal. Or, la récupération de cette déficience entraine une banalisation et une mise à distance de la problématique, et constitue donc l'un des facteurs d'explication de l'exclusion croissante dont sont victimes les malades mentaux à la fin du Moyen Age.[44]

Lexique

 

Bible historiale =             Traductions approximatives plus répandues ; ces Bibles sont historiées,                                             illustrées et versifiées. Il ne s'agit, dans la plupart des cas, que de l'une ou                                                de l'autre partie du recueil sacré.

Bréviaire :                    Livre de l’office qui regroupe, entre autre, des prières, le calendrier                                             liturgique et le psautier.

Etymologie :                 Insipiens (insensé)= insipide = qui manque d’esprit  / d’intérêt

folie "extraordinaire" : Regroupait principalement les personnes présentant des                                                              comportements hautement anormal tel que les possédés ou les faux                                    messies.

folie "ordinaire" :            Regroupait les fous légers, les sots et les déficients mentaux.

Possédé :                     Est un être que l’on croit envahie par l'esprit malin qui agit en lui et parle à                             son gré.

Psaume :                      Écrit religieux et il y a 150 psaumes dans un psautier.

Psaume 52, Dixit insipiens[45]

Français (traduit du latin) :

52:1 Du chef de chœur, al-mâhalath. Instructions de David
52:2 Les fous se disent: « il n’y a pas de Dieu! » Corrompus, ils se sont pervertis dans des horreurs; aucun n’agit bien.

52:3 Des cieux, Dieu s’est penché vers les hommes, pour voir s’il en est un d’intelligent qui cherche Dieu.

52:5 Sont-ils ignorants, ces malfaisants, qui mangeaient mon peuple en mangeant leur pain, et n’invoquaient pas Dieu!
Bibliographie

Ouvrages cités :

FRITZ, Jean-Marie. Le discours du fou au Moyen-Âge, XIIe – XIIIe siècle. Paris, Presses             Universitaires de France, 1992.

HEERS, Jacques. Fêtes des fous et carnavals. Paris, Fayard, 1983. 315 pages.

LAHARIE, Muriel. La folie au Moyen Âge, XIe – XIIIe siècles. Paris, Le léopard d’or,    1991. 307 pages.

LAHARIE, Muriel. «Les infirmes au Moyen Âge (XIe – XVe siècles) Approche             iconographique», Population et démographie au Moyen Âge. Paris, édition du        CTHS, 1995. p. 313-333.

MÉNARD, Philippe. « Les fous de la société médiévale. Le témoignage de la littérature             aux XII – XIIIe siècles. » Romania, XCVIII, 1977. p. 433-459.

NEAMAN, Judith S. Suggestion of the devil, The origins of madness. New-York, Anchor             Books, 1975. 226 pages.

Nouvelle histoire de la psychiatrie. Dir : Jacques POSTEL et Claude QUETEL, Paris,               édition Dunod, 2002. 647 pages.

Références sur le sujet :

KROLL, J. et B. BACHRACH. « Sin and mental illness in the Middle Ages. » Psychol.             Med., august 1984, Vol. 14, No. 3. p. 507 – 514.

CHAPUT, Bernard. «La condition juridique et sociale de l’aliéné mental», Aspects de la             marginalité au Moyen Âge. Québec, l’Aurore, 1975. p. 39 – 56. 

GARNIER, François.  « Les conceptions de la folie d’après le psaume Dixit insipiens »,             Études sur la sensibilité au Moyen Âge, philologie et histoire jusqu’en 1610, tome    II.  Limoges, Actes du 102e congrès national des sociétés savantes, 1977. p. 215 –             222. 

LAHARIE, Muriel. « Comprendre et soigner la maladie mentale au Moyen Âge (XIe – XIIIe siècle). » Histoire des sciences médicales, vol 2, 1993. p. 137 – 142.

LAHARIE, Muriel. « Images de la folie au Moyen Âge. » Leçon inaugurale à la Faculté             des Lettres, Université de Neuchâtel, Annales 1982 – 1983. p. 238 – 257.

LAHARIE, Muriel. « Images de la maladie mentale au Moyen Âge (du XIIe au XVe                 siècle). » 2000 ans de psychiatrie, Dir. N. Attali, NHA Communication, 1999. p.             22-35.

LEVER, Maurice. Le sceptre et la marotte, Histoire des fous de cour. Paris, Fayard,             2000 (1983). 353 pages.

SAUTMAN, Francesca. «Les métamorphoses du fou à la fin du Moyen Âge», Pour une             mythologie du Moyen Âge. Études rassemblées par Laurence HARFLANCNER et             Dominique BOUTET, collection de l’école normale supérieure de jeunes filles,             Paris, 1988. p. 197 – 207.ZYSBERG, André. «On a toujours soigné les fous», l’Histoire. 21, mars 1980. p. 74-75


[1] Muriel LAHARIE. «Les infirmes au Moyen Âge (XIe – XVe siècles) Approche iconographique», Population et                          démographie au Moyen Âge. Paris, édition du                 CTHS, 1995. p. 315.

[2] Philippe MÉNARD. « Les fous de la société médiévale. Le témoignage de la littérature aux XII – XIIIe siècles. »                       Romania, XCVIII, 1977. p. 434.

[3] Nouvelle histoire de la psychiatrie. Dir : Jacques POSTEL et Claude QUETEL, Paris,                édition Dunod, 2002. p. 58.

[4]Ibid.,. p. 66.

[5] Nouvelle histoire de la psychiatrie. Dir : Jacques POSTEL et Claude QUETEL, Paris,                édition Dunod, 2002. p. 58.

[6] Définitions voir lexique  et Judith S. NEAMAN Suggestion of the devil, The origins of madness. New-York, Anchor                         Books, 1975. 57-58.

[7] Voir lexique p. 13.

[8] Muriel LAHARIE. «Les infirmes au Moyen Âge (XIe – XVe siècles) Approche iconographique», Population et                          démographie au Moyen Âge. Paris, édition du CTHS, 1995. p. 315.

[9] Ibid., p. 316.

[10] Ibid.,p. 314.

[11] Op.Cit., Nouvelle histoire de la psychiatrie. p. 61.

[12] Muriel LAHARIE. «Les infirmes au Moyen Âge (XIe – XVe siècles) Approche iconographique», Population et                          démographie au Moyen Âge. Paris, édition du CTHS, 1995. p. 314.

[13]Muriel LAHARIE. La folie au Moyen Âge, XIe – XIIIe siècles. Paris, Le léopard d’or, 1991. p.81.

[14]Ibid., p.201.

[15] Nouvelle histoire de la psychiatrie. Dir : Jacques POSTEL et Claude QUETEL, Paris,                édition Dunod, 2002. p. 58.

[16] Ibid., p. 59.

[17]Au Moyen Âge les enfants sont baptisés quelques jours après leur naissance, le baptême des fous concerne donc ici les gens adulte qui se convertissent.

[18] Ibid.,p. 51.

[19]Muriel LAHARIE. La folie au Moyen Âge, XIe – XIIIe siècles. Paris, Le léopard d’or, 1991. p.243.

[20] Nouvelle histoire de la psychiatrie. Dir : Jacques POSTEL et Claude QUETEL, Paris,                édition Dunod, 2002. p. 67.

[21] Ibid.,p. 57.

[22] Muriel LAHARIE. La folie au Moyen Âge, XIe – XIIIe siècles. Paris, Le léopard d’or, 1991. p.153.

[23] Voir Psaume p. 14.

[29] Philippe MÉNARD. « Les fous de la société médiévale. Le témoignage de la littérature aux XII – XIIIe siècles. »                       Romania, XCVIII, 1977. p. 436.

[30] Jacques HEERS. Fêtes des fous et carnavals. Paris, Fayard, 1983. p. 144.

[31] Nouvelle histoire de la psychiatrie. Dir : Jacques POSTEL et Claude QUETEL, Paris,                édition Dunod, 2002. p. 59.

[32] Jean-Marie FRITZ. Le discours du fou au Moyen-Âge, XIIe – XIIIe siècle. Paris, Presses Universitaires de France                     1992. p. 40.

[33] Ibid., p. 57.

[34] Philippe MÉNARD. « Les fous de la société médiévale. Le témoignage de la littérature aux XII – XIIIe siècles. »                       Romania, XCVIII, 1977. p. 441.

[35] Voir annexe iconographique images #12-13-18-21 et 43.

[36] Jean-Marie FRITZ. Le discours du fou au Moyen-Âge, XIIe – XIIIe siècle. Paris, Presses Universitaires de France,                    1992. p. 46.

[37] Ibid., p. 46-56.

[39]Voir annexe iconographique images #36 (vers le roi), #23 à 26 (vers Dieu) et #1-55-56 (vers le ciel).

[40] Bible, Mt 4, 1-11.

[41] Ibid. Jn 18, 15-18/25-27

[42] Bible, 1Sa 31, 1-6 et Jean-Marie FRITZ. Le discours du fou au Moyen-Âge, XIIe – XIIIe siècle. Paris, Presses                 Universitaires de France, 1992. p. 57.

[43] Nouvelle histoire de la psychiatrie. Dir : Jacques POSTEL et Claude QUETEL, Paris,                édition Duno, 2002. p. 71.

[44] Muriel LAHARIE. «Les infirmes au Moyen Âge (XIe – XVe siècles) Approche iconographique», Population et                          démographie au Moyen Âge. Paris, édition du                 CTHS, 1995. p. 320.

La folie au Moyen-âge, 1ère partie

Introduction

 

Entre les XIIe et XIVe siècles, il s’est installé dans la société une intolérance croissante envers les divers groupes sociaux minoritaires et envers les marginaux. J’étudierai l’évolution de cette intolérance à l’aide du concept de la folie, concept qui fut largement véhiculé par l’Ecclesia, particulièrement au moyen de représentations iconographiques illustrant la lettrine « D » du psaume 52.

 

L’Église catholique de l’époque médiévale a utilisé l’ambivalence liée à la notion de folie de façon d’abord expiatoire ensuite de plus en plus répréhensive. Par ce travail, j’expliquerai les différentes perceptions que véhicula l'Ecclesia envers la folie. Je serai ainsi en mesure d’exposer un message d’intolérance qui est, en partie du moins, attribuable à l’institution religieuse. En seconde partie, j'appuierai mes propos à l'aide de quelques exemples tirés d'enluminures que j'analyserai. 

 

Les frontières entre les définitions de l’arriération, de la débilité mentale et de la maladie mentale sont très floues, voire inexistantes au Moyen-âge.[1] Plusieurs oppositions sont aussi à prendre en compte dans la définition de la folie à cette époque. Les fous étaient perçus à la fois comme objets de tourment et d'attachement, d'hostilité et de pitié, de dérision et de vénération. On les redoutait et on les maltraitait ou on les plaignait et on les soignait. À l'égard des fous se développa des attitudes à la fois d'accueil et d'intégration, mais aussi de rejet et d'exclusion.[2] Certains avis font du Moyen Age une sorte d'âge d'or de la folie où les malades mentaux auraient bénéficiés d'une grande tolérance et auraient vécus sans difficulté au sein de leur famille et de leur milieu social. On constate cependant une opposition fondamentale entre les attitudes positives et négatives de la société féodale par rapport à ses fous. Les attitudes positives se sont surtout traduites par la compassion, l'accueil et un souci d'intégration, alors que ces comportements ont coexistés avec des attitudes négatives ou prédominaient la peur, le rejet et l'exclusion.[3] Ces attitudes négatives étaient issues en majorité du malaise et de la peur qu'inspirent les personnes prises de délire et parfois agressives.[4] Ajoutons à cela que l'imprécision entre les définitions de la folie "extraordinaire" (ou surnaturelle) et de la folie "ordinaire" (ou naturelle) reste une constante pendant toute l'époque féodale et que la place qu’occupe le malade mental dans la société en dépend directement.[5][6] De plus, le fou peut être associé au monde du mal, ce qui fait du possédé[7] une sorte de fou. Il se développa alors un phénomène social qui eut pour résultat de marginaliser et d'exclure ceux qui incarnaient l’idée d'anormalité. Le fou fut de plus en plus maltraité et objet de violences physiques dans la vie quotidienne.

 

La religion catholique et le concept de folie

 

Le Christ ayant manifesté sa préférence pour les déshérités et les exclus.[8] Les malades mentaux appartiennent donc à cette catégorie des "pauvres du Christ" envers lesquels la société médiévale sait parfois faire preuve d’entraide et de compassion. L'iconographie souligne l'importance des attitudes positives a l'égard des infirmes (l’accueil, la charité,…), mais elle suggère, pour ce qui est de la folie, des réactions plus complexes et parfois même très cruelles (besoin du fou de se défendre, isolement, commerce démoniaque,…).[9] Selon la conception féodale, le fou est un être dominé par des forces, divines ou diaboliques. Il se situe au cœur de la lutte entre Satan et Dieu.[10] Les mentalités du temps étant particulièrement sensibles à cette lutte, la croyance en la possession démoniaque était donc largement répandue.

 

La recherche de la guérison miraculeuse est très présente au Moyen Age. La théorie des saints-guérisseurs provient du canon ecclésial qui avance que tout saint, à l'image du Christ qui a lui-même guérit de nombreux malades et infirmes en les touchant ou en leur imposant les mains, est considéré comme disposant d'un pouvoir thaumaturgique reconnu par l'Église. On retrouvait ainsi 35 saints spécialisés dans le traitement de la folie, et environ 70 qui guérissaient certaines affectations mentales parmi d’autres maladies. Ce qui représente plus d'une centaine de saints pouvant guérir les pèlerins de la folie.[11] À l'inverse, les simples d'esprit et certains fous inoffensifs étaient considérés comme des êtres inspirés, des devins ou des voyants.[12] Certains pensaient que ces êtres simples d’esprit recevaient des illuminations et des visions de Dieu « les illuminés ».[13]

 

À l’époque féodale, les traitements visant à soulager ou à guérir la folie étaient nombreux et de diverse nature. Leur pratique a pris source dans l'Antiquité et auprès la médecine arabe, mais en y intégrant une dimension plus caritative, en lien direct avec le contexte chrétien dans lequel ils sont prodigués.[14] Car à l’époque, touts malades (malades mentaux par extension) étant le reflet du Christ souffrant.[15]

 

En ce qui concerne l’hébergement, les fous pouvaient, selon les circonstances, être logés dans un monastère, gratuitement ou moyennant le versement d'une pension. D’autre part, l'hospitalisation des fous se développe lentement, il est alors uniquement question d'accueil et d'assistance, et ce, seulement dans des établissements importants comme l'Hôtel-Dieu de Paris. Une première mention explicite d'une mesure visant à traiter les fous, se retrouve dans les registres de l'hôpital Saint-Esprit, fondé à Montpellier en 1178-1179.[16]

 

Aux XIIe et XIIIe siècles, une évolution s’amorce vers une société d’intolérance, de persécution et de fermeture. On limite de plus en plus l’accès des fous aux sacrements dont le plus grave est le baptême, car cela signifie écarter le fou du paradis.[17] C’est pourquoi, dans son œuvre, Thomas d'Aquin (1228-1274) affirme que le fait d'être atteint d'une maladie mentale ne signifie pas la disparition de la raison. Les textes sur ce sujet ne laissent pas de doute: la raison est simplement incapable de se manifester, mais elle est toujours présente car à partir du moment où il y a forme humaine, il y a une âme spirituelle et donc un potentiel de raison. De là, résulte l'attitude que Thomas d’Aquin recommande de prendre envers les déficients mentaux.[18] Thomas d'Aquin est donc d'avis que les fous, s'ils ne peuvent d'évidence avoir accès à tous les sacrements, devraient du moins pouvoir recevoir le baptême. Les fous, selon lui, sont privés de la raison de façon accidentelle, à cause de quelques obstacles venant d'un mauvais fonctionnement corporel et non pas parce qu'ils n'auraient pas une âme raisonnable. C'est donc au nom de leur âme, car le fou, comme l'enfant, est incapable de comprendre l'importance de la cérémonie, que le baptême des fous est recommandé.[19] On ne saurait priver le fou, au même titre que l'enfant, de bénéficier de ce sacrement qui le fait entrer dans la communauté chrétienne. Les parrain et marraine du fou, comme ceux de l'enfant, remplacent donc le manque de jugement du baptisé.[20]

Il est ainsi quelques observations intéressantes en regard à cette partie de l’œuvre de Thomas d’Aquin. L’auteur précise que la folie est l’objet d’un mauvais fonctionnement corporel ce qui traduit une volonté de démystifier  la folie ce que l’on attribuait au diable ou à Dieu. Dans un même ordre d’idées, Thomas d’Aquin estime également qu’un prêtre qui serait devenu fou demeure prêtre. On ne retire donc pas un sacrement qui a été administré pour cause le la folie du sujet.

 

2ème partie

 

Au cours de la période allant du XIIe au XIVe siècle, les différentes perceptions du concept de la folie, leurs évolutions et leurs constantes, sont décrites, étudiées et peintes dans et sur des supports variés.[21] Les études des différentes représentations de la folie permettent de constater qu’au Moyen Âge, le fou est une personne aisément identifiable.[22] Il est tout d’abord reconnaissable à ses vêtements ou à l’absence de ceux-ci, à son comportement ensuite et à ses paroles qui ne laissent aucun doute quant à la nature de son trouble. Il fréquente les lieux publics et vit de la charité en plus de subir diverses marques infamantes qui achèvent de l’identifier comme fou face à l’ensemble de la société.

 

À la période médiévale, on retrouve les enluminures du psaume 52[23] dans des Bibles[24], des psautiers[25], des bréviaires[26] et des bibles historiales[27]. Les psautiers étaient reproduits au Moyen Âge par des moines copistes. Ils étaient destinés tout d’abord aux élites religieuses et aristocratiques, mais toute personne apprenant à lire le faisait à partir du psautier. Il y avait même plusieurs personnes analphabètes qui connaissaient de grands extraits du psautier par cœur puisque les psaumes étaient chantés. Les images qui ornaient ces manuscrits, en plus de faciliter la compréhension des saintes Écritures, véhiculaient divers messages quant aux attitudes et comportements qu’il était approprié d’adopter.

 

Lien avec lien psaume

 

Les éléments suivants sont ceux représentés par l’iconographie et clairement mentionnés dans le psaume. La première phrase identifie d’amblée le roi que nous verrons sur plusieurs des représentations comme étant le roi David. Dans la seconde phrase, les fous nient l’existence de Dieu. Le fou est représenté comme un être corrompu et perverti parce qu’il est impie, ce qui transparait dans les attitudes et activités des fous illustrés. Dans la troisième phrase, il est dit que Dieu regarde et scrute les hommes. Cet élément se retrouve dans plusieurs représentations de façon tantôt évidente, tantôt subtil selon l’intention qu’avaient les enlumineurs. Dans la dernière phrase il est fait mention de pain. Cet élément très représenté est sans doute le plus controversé car les historiens ne s’entendent pas quant à sa signification et ce, bien que sa présence soit si fréquente qu’elle en fait l’un des éléments caractéristiques des fous médiévaux des plus importants.

 

Les styles de représentations

 

L’annexe iconographique est composée de façon thématique afin d’alléger la structure de ma présentation. Ainsi, les représentations du fou dans lesquelles celui-ci figure seul dans l’image son les premières[28]. En plus d’être le genre de représentation le plus fréquent, celui-ci constitue une constante puisque nous le retrouvons de façon similaire tout au long du Moyen Âge. Le fou sur l’image est debout au centre de la lettrine, sa posture est instable, son corps n’est jamais droit ce qui traduit l’instabilité de son esprit aussi. Le pied droit du fou dépasse généralement la lettrine, ce qui n’est pas conventionnel pour cette époque. Cela renforce l’idée que le fou sort de la norme et qu’on le considère comme étant en marge de la société. Le fou est représenté avec un élément de nudité. Il peut être peu vêtu, parfois nu et de manière générale il a les pieds nus. C’est le signe d’un manque de civilité que l’on attribuait alors aux fous d’un retour à l’état sauvage.[29] L’image véhiculée est celle d’un personnage coupé de la société et/ou de ses bienfaits.[30]

 

Le fou est ensuite représenté soit la tête rasée, soit tonsurée ou encore simplement hirsute. La tonsure était réellement pratiquée sur certains fous car c’était à la fois un moyen préventif (pour éviter qu’ils ne s’arrachent, ou ne mangent leurs cheveux), à la fois un moyen thérapeutique (pour appliquer les huiles et onguents ou encore pour laisser la tête respirer à l’air libre).[31] Ce pouvait être le signe d’une protection divine sur un fou considéré comme « illuminé » ou un appel la protection divine sur un être possédé. Enfin, la tonsure représente une marque distinctive infamante car elle indique à toute la société que cette personne est un fou. Il y a un lien entre la tonsure appliquée au fou pour l’humilié et celle que le clerc se fait faire par signe d’humilité.[32] Il est important cependant de noter que la tonsure est absente des représentations avant l’an 1230.[33] Ce qui tend à démontrer que la société utilise à cette époque des marques qu’elle n’utilisait pas avant. Nous y percevons, par extension, des signes d’une intolérance croissante. Lorsque le fou est représenté de façon hirsute c’est une évocation de l’homme comme retournant à l’état sauvage.

 

Le fou est également représenté armé d’une massue. C’est une arme simple, l’arme du pauvre, elle est commune mais nécessaire au fou pour qu’il puisse se défendre.[34] Ce qui n’était malheureusement pas rare d’après de nombreux récits ou textes. Lorsque le fou est représenté face au roi, la massue évoque une opposition grotesque avec le sceptre royal. Le fou assume sa défense, ce qui est positif, à l’aide d’une massue qu’il tient de sa main droite, côté perçu comme positif à l’époque.

 

Le fou est ensuite très souvent représenté en mangeant ou en tenant un objet de forme ronde. Les historiens ne s’entendant pas sur sa signification précise, je ne détaillerai que la plus acceptée. Le pain mentionné par le psaume est reconnaissable dans plusieurs représentations par la croix qui est perceptible sur la miche[35], c’est l’entaille qui permet de briser plus facilement le pain.[36] Selon la religion catholique, le pain représente le « corps du christ ». Le fait que le fou qui nie Dieu d’après le psaume mange le pain propage l’image d’un fou blasphémateur. Le fou tient un pain de la main gauche la gauche étant un côté négatif au Moyen Âge, (en latin : sinistra). Le fait qu’il mange le pain (corps du christ d’après le psaume) avec sa main gauche renforce l’idée de blasphème liée à la folie. Finalement, le fou regarde généralement son pain, donc vers sa gauche. Les autres explications sont d’avantage du domaine littéraire et médical.[37]

 

Les images 23 à 27 qui suivent représentent le fou avec Dieu dans l’image. Dieu est seulement présent dans l’image par sa tête regardant du ciel. Cette représentation peut cependant être discrète ou évidente, selon l’intention de l’enlumineur. Lorsqu’il est plus présent celui-ci figure dans le coin supérieur droit de la lettrine, à l’intérieur de la lettre. Lorsque sa présence est plus discrète, il est représenté plus haut et plus petit sur le contour de la lettre. C’est donc un Dieu à qui rien n’échappe. Il est représenté comme omniscient, Dieu voit tout ; message que l’Église considérait primordial de rappeler à tous ses fidèles. Dans certaines représentations, le fou semble s’adresser à Dieu avec un geste de défi. L’Église rappelle à la population que rien n’échappe à l’œil scrutateur de Dieu et que leur pêchés sont connus de lui.

 

Le fou est enfin parfois représenté tenté ou inspiré par le diable[38]. Le diable tente de convaincre le fou, celui-ci l’écoute avec attention. Le mal dicte au fou de nier Dieu, à l’époque il ne pouvait en être autrement. Il y a parfois un dialogue entre eux, ou bien le fou écoute attentivement les indications du mal. Le mal inspire le simple d’esprit et le fait mal agir. Certaines images vont même représenter le fou vénérant le diable. Le Diable est souvent à la gauche du fou.

 

Sur les images 33 à 48, le fou est représenté avec le roi. Le roi David illustre la sagesse, la stabilité, le calme et le pouvoir par opposition à la folie. On peut percevoir une certaine crainte dans l’attitude du roi. Le fou parle et le roi l’écoute, avec un air craintif et méfiant. Le fou est généralement à la gauche du roi. Il le regarde (donc vers sa droite), avec une attitude de défi. Le fou lui présente le pain qu’il tient de façon à évoquer le globe[39], symbole d’autorité et de souveraineté. Sa massue est une caricature ridicule de la puissance et du sceptre du souverain. Celui-ci doit résister aux tentations que lui présente le fou et ne pas renier Dieu. La signification relève de la Bible et se rapporte à l’épisode du désert où Jésus refuse le mal[40] et aussi à l’épisode où Pierre renie Dieu[41] lorsqu’il est confronté à l’impie. Il est à noter que le fou de l’image 46 s’approprie les pouvoirs et insignes de la majesté.

 

L'intendance au Yucatan... (Conclusion)

Conclusion

Les motifs qui incitèrent la métropole espagnole à implanter le système de l’Intendance furent donc d’ordre politique et économique. D’ordre politique d’abord, parce qu’en Europe, vers 1786, le gouvernement des Bourbons avait effectué une réforme visant à centraliser ses différents ministères, dont celui des affaires coloniales. Économique ensuite, car les ressources de la métropole s’amoindrissent et que comme toutes métropoles, l’Espagne comptait sur ses colonies pour renflouer ses coffres. La Nouvelle-Espagne était cependant aux prises avec d’importants problèmes de corruption qui entraînèrent une rapide désorganisation des finances publiques. Le système d’Intendance fut donc établi pour tenter de régler le problème à la base. Il avait donc pour mandat d’encadrer la population autochtone, principale force de travail, et de limiter le nombre des représentants officiels afin de mieux gérer les dépenses et de superviser adéquatement la corruption et la contrebande. L’établissement du commerce libre visait à faire développer les industries autorisées de la métropole et aussi à écouler les surplus agricoles. Il ne restait plus ensuite qu’à intégrer de la main d’œuvre maya au sein d’haciendas; unités de production extensive visant à assurer le ravitaillement d’une population en rapide expansion.

La question à savoir si le système de l’Intendance en Amérique hispanique fut un succès fut fort débattue. En fait, ces réformes n’eurent pas le succès escompté. L’un des points les plus contesté prétend que les fonctions dévolues aux Intendants interféraient avec celles du vice-roi et spécialement en ce qui concernait les finances. Les opposants au système prétendaient que cela nuisait au prestige du plus haut représentant du roi. De plus, le différend concernant le salaire des sous-délégués ne fut jamais complètement résolu. Plusieurs personnes furent d’avis que des réformes auraient pues être apportées au système de l’Intendance, cette opinion fut traduite en 1803 par un effort pour reformuler les ordonnances mais ce dernier fut abandonné. La simplicité du système était par contre en sa faveur, en ce qu’il requérait un nombre inférieur de délégués que le système précédent.[34] Le système d’Intendance ne fut maintenu que peu de temps cédant la place, le 24 février 1821, à l’indépendance du Mexique. Les inégalités sociales engendrées suite au travail forcé des indigènes et leur prise de conscience face à la situation géo-politique de la colonie menèrent les populations autochtones sur les chemins des rébellions et de la Révolution.

Bibliographie 

Ouvrages généraux:

FARRIS, M. Nancy. Maya Society Under Colonial Rule, The Collective Enterprise of             Survival, Princeton University Press, New Jersey, 1984. 586 pages.

FAVRE, Henri. Changement et continuité chez les Mayas du Mexique, Anthropos, Paris,   1971. 352 pages.  

MEYER, SHERMAN, DEEDS. The Course of Mexican History. Oxford, Oxford             University Press, 1999. 732 pages.

PATCH, W. Robert. Maya and Spaniard in Yucatan, 1648-1812. Stanford University             Press, 1993. 329 pages.

 Études

BIROU, Alain. Forces paysannes et politiques agraires en Amérique Latine. Paris, ed.             ouvrières, Économie et Humanisme, 1970. 295 pages.

BRANNON, Jeffrey et Eric Baklanoff. Agrarian reform & public enterprise in Mexico :             the political economy of Yucatán's henequen industry. Tuscaloosa, University of             Alabama Press, 1987. 237 pages.

PÉREZ, Pablo Emilio & Mallaina Bueno. Comercio y autonomia en Yucatan, 1797-1814.             Public escuela de estudios Hispanio-Americanos, Sevilla, 1978. 268 pages.

ROYS, L. Ralph. The Indian Background of colonial Yucatan. Washington, 1943. 244             pages.


[1] Premier officier de justice ou magistrat d’une ville espagnole. La plupart d’entre eux abusèrent de leurs pouvoirs pour imposer aux populations indigènes, qu’ils devaient en principe protéger, l’achat forcé de marchandises qu’ils emportaient eux-mêmes d’Espagne.

[2] Principe selon lequel l’endettement du travailleur l'oblige à  rembourser l’encomendero en travail. Cette pratique était appliquée par les corregidores car les européens ne disposaient pas de suffisamment de force de travail. L’État assignait donc les Indiens au travail dans les encomiendas. Les communautés indiennes devaient ainsi fournir périodiquement un certain nombre d'ouvriers robustes selon les besoins de l'administration coloniale. Les rémunérations étaient insignifiantes et les tâches fastidieuses et dangereuses.

[3] Concession de villages ou de groupes d'Indigènes (et du travail qu'ils pouvaient accomplir) à des conquérants en récompense pour leur participation à la conquête avec, comme charge pour le bénéficiaire (l'encomendero), de veiller à l’évangélisation de la population autochtone. Au Yucatan, les encomiendas privée furent permises jusqu’en 1786.

[4] Karen D. CAPLAN, « The Legal Revolution in Town Politics: Oaxaca and Yucatán, 1812-1825 ». The                           Hispanic American Historical Review. Vol. 83, No. 2, North Carolina, May 2003. p. 256.

[5] Lilian Estelle FISHER, « The Intendant System in Spanish America ». The Hispanic American                              Historical Review. Vol. 8, No. 1, North Carolina, febuary 1928. p. 4.

[6] José de Gálvez (1720-1787), réformateur espagnol et inspecteur général en Nouvelle-Espagne. Il introduisit plusieurs changements importants, tant économiques que gouvernementaux, au sein de l’administration de la vice-royauté.

[7] « Visiteur général », inspecteur pour la couronne espagnole.

[8] « Commerce libre », politique de libre échange.

[9] Pablo Emilio PÉREZ, & Mallaina BUENO. Comercio y autonomia en Yucatan, 1797-1814. Public                         escuela                de estudios Hispanio-Americanos, Sevilla, 1978. p. 217.

[10] Jacques A. BARBIER, « The Culmination of the Bourbon Reforms, 1787-1792 ». The Hispanic                               American Historical Review. Vol. 57, No. 1, North Carolina, Febuary                1977. p. 51.

[11] Lilian Estelle FISHER, « The Intendant System in Spanish America ». The Hispanic                American                             Historical Review. Vol. 8, No. 1, North Carolina, febuary 1928. p. 5.

[12] Ibid.

[13] MEYER, SHERMAN, DEEDS. The Course of Mexican History. Oxford, Oxford University Press, 1999.       p. 251.

[14] FISHER, Op. Cit. p. 7.

[15] Lilian Estelle FISHER, « The Intendant System in Spanish America ». The Hispanic                 American                             Historical Review. Vol. 8, No. 1, North Carolina, febuary 1928. p. 7.

[16] FISHER, Op. Cit. p. 10.

[17] Karen D. CAPLAN, « The Legal Revolution in Town Politics: Oaxaca and Yucatán, 1812-1825 ». The                           Hispanic American Historical Review. Vol. 83, No. 2, North Carolina, May 2003. p. 256.

[18] Envoyés de la couronne espagnole censés faire respecter les lois dans la colonie, aussi juges ordinaires nommés par le roi comme assesseurs d’un corregidor.

[19] Lilian Estelle FISHER, « The Intendant System in Spanish America ». The Hispanic                 American                             Historical Review. Vol. 8, No. 1, North Carolina, febuary 1928. p. 10.

[20] Voir carte en annexe page 15.

[21] Pablo Emilio PÉREZ, & Mallaina BUENO. Comercio y autonomia en Yucatan, 1797-1814. Public                         escuela                de estudios Hispanio-Americanos, Sevilla, 1978. p. 26.

[22] Ibid. p. 27.

[23] Ibid. p. 3.

[24] Robert W. PATCH, « Agrarian Change in Eighteenth-Century Yucatan ». The Hispanic American                              Historical Review. Vol. 65, No. 1, North Carolina, 1985. p. 31.

[25] Nancy M. FARRIS, « Indians in Colonial Yucatan: Three Perspectives », Spaniards and indians in                             Southeastern Mesoamerica: Essays on the History of Ethnic Relations. Murdo J. Mac Leod &                     Robert Wasserstrom, University of Nebraska Press, 1983. p. 14.

[26] Voir carte en annexe page 16.

[27] Nancy M. Farris. Maya Society Under Colonial Rule, The Collective Enterprise of Survival, Princeton                              University Press, New Jersey, 1984. p. 356.

[28] Robert W. PATCH,  « Agrarian Change in Eighteenth-Century Yucatan ». The Hispanic American                              Historical Review. Vol. 65, No. 1, North Carolina, 1985. p. 44.

[29] FARRIS, Society Under Colonial Rule, The Collective Enterprise of Survival, Op. Cit., p. 357.

[30] Village espagnol pour les population indigènes d’Amérique, généralement de moins de 1000 acres (1 hectare = 2.47 acres).

[31] Ferme d’élevage espagnole.

[32] FARRIS, Society Under Colonial Rule, The Collective Enterprise of Survival, Op. Cit., p. 55.

[33] Nancy M. Farris. « Indians in Colonial Yucatan: Three Perspectives », Spaniards and indians in                             Southeastern Mesoamerica: Essays on the History of Ethnic Relations. Murdo J. Mac Leod &                     Robert Wasserstrom, University of Nebraska Press, 1983. p. 24.

[34] Lilian Estelle FISHER, « The Intendant System in Spanish America ». The Hispanic                 American                             Historical Review. Vol. 8, No. 1, North Carolina, febuary 1928. p. 13.

l'Intendance au Yucatan, changements et continuité pour les Mayas

Introduction

Au début du 18ème siècle, l'administration des colonies espagnoles était peu compliquée. Le Mexique, comme les autres possessions américaines de l'Espagne, relevait du Conseil des Indes siégeant à Madrid. Il formait une des quatre vice-royautés, la vice-royauté de la Nouvelle-Espagne. Le vice-roi assisté d'un conseil avait au-dessous de lui des gouverneurs de provinces assistés également de conseils provinciaux. Au départ, les officiers et conseillers étaient nommés par le Conseil des Indes mais à partir du 17ème siècle les corregidores[1] pouvaient acheter leurs charges. Les gouverneurs choisissaient eux-mêmes leurs lieutenants.

À la fin du 18ème siècle, les gouverneurs de provinces furent remplacés par des Intendants assistés chacun d'un assesseur. C’est afin d’enrayer la corruption des corregidores et des petits juges que ce système fut mis en place. Les corregidores achetaient leurs titres et fonctions et recevait une rente dérisoire. C’est principalement pour cette raison qu’ils pratiquaient le repartimiento de efectos[2] afin de s’enrichir aux dépens du Trésor, ce qui en laissait fort peu pour la couronne. Les nouveaux Intendants cumulaient des pouvoirs politiques, judiciaires, financiers et militaires; et ce, afin de délester le vice-roi qui, à l’époque, croulait sous ses obligations envers la métropole. Cette nouvelle entité administrative que fut l’Intendance avait à sa tête l’Intendant général, qui était assisté de douze Intendants provinciaux, qui eux, étaient assistés par des sous-délégués dans chacune des provinces.

Nous établirons d’abord, à partir du contexte socio-politique, les motifs qui incitèrent la métropole espagnole à implanter l’Intendance en Nouvelle-Espagne; ainsi que le rôle des Intendants dans l’administration générale et locale. Nous examinerons ensuite comment ce système considérait la population Maya. Nous illustrerons enfin le tout en analysant plus particulièrement l’implantation de l’Intendance au Yucatan en 1786. Bon nombre d’historiens se sont penchés sur l’étude de cette période. Nancy Farris et Robert Patch ont travaillés sur le même sujet et avancent tous deux des conclusions distinctes dont nous traiterons en fin d’analyse. L’ouvrage de Lilian Estelle Fisher regorge d’informations et de faits entourant le questionnement qui sera ici analysé.

Le principal revenu du Mexique provenait des mines. Elles appartenaient au roi d'Espagne qui en faisait exploiter une partie et louait les autres à des compagnies privilégiées, moyennant une part des métaux extraits. Il n’y avait cependant aucune mine au Yucatan et c’est pourquoi les producteurs regroupèrent la population indigène en encomiendas,[3] afin de rendre l’exploitation de ce territoire possible et rentable. Le régime de l’Intendance représenta un changement majeur par rapport au système des encomiendas. La population indigène passa ainsi d’un système quasi-féodal (le système des encomiendas était fait de concessions sur lesquels les mayas devaient travailler pour l’encomendero) à une structure de production beaucoup plus intensive.[4] Nous démontrerons donc que les motifs qui incitèrent la métropole espagnole à implanter le système de l’Intendance dans ses colonies d’Amérique furent d’ordre politique autant qu’économique et que le sort des mayas ne fut que peu pris en compte dans ce processus. 

I-  Instauration et définition de l’Intendance

Le contexte socio-politiqueAu 18ème siècle, le besoin d’une réforme coloniale en Amérique espagnole devint évident. L’ancienne administration était désuète, inapte à prévenir la corruption et le vice-roi avait grandement perdu de l’influence. Ce dernier était surchargé de travail à cause de complications gouvernementales survenues dans la métropole et ses subordonnés n’agissaient plus que par intérêt personnel. Les plus petits administrateurs ne recevaient qu’une rente minime et n’hésitaient pas à s’enrichir au dépend du Trésor Royal et même à tyranniser les populations autochtones et métisses. [5] Les dirigeants d’Espagne formèrent alors des projets de réforme pour leurs colonies d’Amérique. Les réformateurs de la famille des Bourbons décidèrent d’appliquer les principes français de centralisation. Ce fut Charles III qui introduisit l’Intendant en Amérique hispanique. La première Intendance crée fut à La Havane en 1764. Au départ, les fonctions de l’Intendant n’étaient pas clairement définies et il y eut quelques frictions entre eux et la population locale, mais les décrets royaux de 1765 et de 1767 affirmèrent davantage leurs devoirs et responsabilités. Charles III décida alors d’implanter le système de l’Intendance à toutes les vice-royautés espagnoles. Le roi prévoyait ainsi augmenter le rendement de ses colonies et donc la prospérité de l’Espagne.

Entre 1787 et 1790, les réformes furent caractérisées par le transfert des pouvoirs du conseil des Habsbourg, au ministère des Bourbons. Les décrets de Charles III en 1787, visaient à établir l’union et l’égalité des colonies et de l’Espagne. En 1790, ces aspirations furent mentionnées en un arrêt qui abolissait les anciennes pratiques et qui donnait l’autorité à chaque ministère de la péninsule selon leurs compétences respectives. En 1787, José de Gálvez[6] fut envoyé en tant que visitador general [7] en Nouvelle Espagne. Il avait l’ordre de faire du système politique et économique de la colonie un système qui soit uniforme et compatible avec celui de la métropole. Les changements administratifs étaient étroitement liés aux réformes économiques et politiques telles que l’Intendance. En 1789 fut effectuée l’extension complète et définitive du comercio libre[8] en Nouvelle Espagne. Entre 1797 et 1814, la situation politique de la métropole, en constant état de guerre, entraîna une rupture quasi complète des communications hispano-américaines.[9] L’invasion de la péninsule ibérique par Napoléon et l’abdication forcée de Charles IV et de Ferdinand VII en 1808 menacèrent l’unité de l’empire espagnol et affirmèrent la nouvelle orientation des affaires coloniales.[10]

Création de l’Intendance

José de Gálvez, visiteur général de la Nouvelle-Espagne, planifia un gouvernement qui allait être militairement indépendant. Il fut chargé d’instruire la population quant au fonctionnement du nouveau système. Gálvez, en tant que ministre des Indes, eut une part active dans la constitution des ordonnances concernant les Intendants, et ce tant pour Buenos Aires que pour le Mexique.[11] Face à la bureaucratie corrompue de la colonie, Gálvez proposa le système des Intendants et des sous-délégués. Ce système avait déjà bien fonctionné pour la France et fut ainsi aussi utilisé par les Bourbons dans leurs colonies espagnoles.

Ce fut en 1786 que Charles III assigna douze Intendants et plus de cent sous-délégués pour remplacer les quelques 200 gouverneurs, maires et corregidores du Mexique. La réforme décrétée par les Bourbons misait sur la centralisation, l’ordre et l’efficacité. Les Intendants envoyés en Nouvelle-Espagne furent chargés de contrôler les monopoles royaux, de collecter les taxes et de veiller à tout ce qui concernait les intérêts du Trésor Royal dans la colonie; ce qui incluait la suppression de la contrebande. Les nouvelles responsabilités liées à cette fonction devaient améliorer l’administration des districts, appelés Intendances. Elles incluaient donc des réformes quant à l’application de la justice, à la gestion économique des revenus et du Trésor, à la construction et à l’entretient des édifices publics et à la défense des colonies espagnoles. L’ordonnance des Intendants de 1786 établissait un code de lois civiles et politiques et stipulait que toutes les autres lois contraires aux nouvelles devaient êtres abolies.[12] Les sous-délégués, à la différence des Intendants, ne recevaient pas un salaire adéquat et revinrent rapidement aux tactiques d’extorsion qui étaient employées auparavant par les corregidores. Les réformes économiques réussirent néanmoins à stimuler et augmenter la productivité dans la colonie. Alors que les pouvoirs du vice-roi et des juges d’audiences diminuaient, l’influence des Intendants devint considérable.[13] Quelques opposants au système de l’Intendance espérèrent que cette innovation serait supprimée après le décès du ministre Gálvez.

Les fonctions de l’Intendant

Douze Intendances et trois provinces furent formées en Nouvelle-Espagne. À l’intérieur de ces divisions territoriales, les Intendants avaient la responsabilité des finances et en répondaient directement à l’Intendant général, qui à son tour répondait au Conseil des Indes. Les subdivisions à l’intérieur des Intendances étaient nommées partidos.[14]

Les Intendants demeuraient subordonnés au vice-roi en ce qui concernait l’administration générale, l’instruction publique, les affaires juridiques et les affaires militaires. Les Intendants devaient délester les vice-rois de leurs charges devenues trop lourdes. Les Intendants étaient mieux informés et plus spécialisés dans leurs tâches, ils pouvaient assister le vice-roi à la collecte des divers revenus, à l’administration de la justice, ainsi qu’au sujet de divers enjeux économiques. En ce qui concerne la justice, les Intendants étaient assistés d’assesseurs formés en ce domaine. Les Intendants s’occupaient personnellement des causes concernant le Trésor Royal et les finances. Les affaires de première instance pouvaient cependant être portées en appel de leurs décisions. Pour toutes ces raisons, et vue l’importance des responsabilités, les Intendants devaient être choisis avec soin parmi des sujets de naissance espagnole d’Espagne, car ceux-ci étaient considérés plus efficaces que les métis et les autochtones. Paradoxalement, les Intendants devaient protéger les métis et les autochtones afin d’éviter que les sous-délégués ne les tyrannisent comme le firent les alcades mayores avant eux. L’établissement du système de l’Intendance limitait les pouvoirs du vice-roi en lui retirant sa complète autonomie quant aux affaires économiques.[15]

Le département des finances était spécialement dévolu aux Intendants. Ces derniers devaient en plus surveiller les notaires afin qu’ils ne falsifient pas les documents, superviser la gestion des fonds publiques et conserver un livre des comptes sur leurs partidos. Les Intendants avaient le pouvoir de décider de la sélection des employés aux fonctions officielles et celui également de les renvoyer en cas d’incompétence ou de mauvaise conduite. En ce qui concerne les affaires militaires, les Intendants devaient gérer tout ce qui impliquait des dépenses nécessaires. Les Intendants payaient le salaire des troupes, fournissait le matériel et le ravitaillement nécessaires ainsi que le logement et les hôpitaux aux contingents. Les Intendants veillaient aussi à la réparation des fortifications et devaient trouver des fonds à cette fin.[16]

II – Changement et continuité L’Intendance dans les villes et villages

Les Indiens des campagnes, formaient des communautés où les gens de race blanche n'avaient pas le droit de s'établir. Chacun de ces villages était gouverné par le cacique qui recueillait les taxes, jugeait et partageait le travail. Les caciques étaient, d'après la loi, sous le contrôle des curés, et c'est à ceux-ci qu'appartenait en réalité l'influence sur la population indienne.

De récentes études ont démontré que les années entre 1808 et 1821 ont constitué un moment crucial pour le développement de politiques locales dans les régions du Mexique. Ce fut à cette époque que beaucoup de paysans et de villageois, par leur participation aux mouvements des insurgés, acquirent une compréhension ainsi qu’un intérêt face à la politique coloniale. Ces études ont aussi démontré l’importance de la constitution de 1812, qui institua de réels changements dans les relations politiques entre les différentes localités.[17]

Un changement complet fut effectué dans l’administration locale. Les sous-délégués remplacèrent les corregidores et les alcaldes mayores[18] qui avaient abusés depuis trop longtemps des finances royales. Le bon fonctionnement du nouveau système dépendait largement de ces nouveaux sous-délégués, car la bonne gestion des gouvernements locaux était à la base des administrations nationales prospères. En 1790, le système de l’Intendance était appliqué à toute l’Amérique hispanique.

Les Intendants devaient faire régulièrement la visite des leurs partidos afin d’assembler l’information permettant d’améliorer l’agriculture, de développer les industries, le commerce et les mines. Les Intendants ou leurs lieutenants présidaient toutes les séances des conseils municipaux et les divers événements publiques des leurs capitales. Les Intendants devaient portés une attention particulière au bien-être de leurs sujets et à leurs bonnes mœurs. Ils devaient aussi veiller au bon développement des industries qui étaient autorisées dans la colonie. Tous les deux mois, ils fournissaient un rapport sur l’état des récoltes au vice-roi et à l’Intendant général. Ils veillaient à ce que les ponts et routes soient construits et entretenus, que des auberges soient construites pour les voyageurs et au maintien de la sécurité des villes et campagnes.

En ville, ils supervisaient le nettoyage et le pavage des rues, la construction et la réparation des édifices publiques, le maintien de réserves en eau suffisantes, la protection contre les incendies et, enfin, ils devaient veiller à ce que la monnaie ne soit pas contrefaite.[19]

Le cas du Yucatan

En 1786, l’Intendance remplaça l’ancien gouvernement au Yucatan. Selon la loi, cette Intendance était constituée de trois partidos, Mérida, Campeche et Tabasco.[20] En réalité le territoire était administré depuis la ville de Mérida, capitale de l’Intendance où officiait le gouverneur général. Tabasco avait son propre gouverneur et le lieutenant du roi résidait à Campeche. Le maïs constituait la presque totalité de l’alimentation des indigènes mayas et représentait donc la principale production agricole de l’Intendance. La production bovine y était aussi très importante. San Francisco de Campeche était la région la plus importante économiquement et son port était la porte d’entrée et de sortie du Yucatan. Cette région effectuait la presque totalité des communications maritimes ainsi que les liaisons avec les pays voisins et la métropole.

À partir de 1789, suite à l’extension du commerce extérieur, l’Intendance du Yucatan effectua des échanges commerciaux avec Veracruz et La Havane. Beaucoup de secteurs économiques n’accordèrent cependant pas le mérite qui était dû aux transformations technologiques en cours à cette époque. Les diverses responsabilités des Intendants ne leurs permirent pas de porter une attention suffisante à la promotion économique de leur région. Ainsi, tenter d’atteindre les objectifs de rentabilité de la métropole leur semblait suffisant. Selon le recensement de Gálvez en 1789, l’Intendance comptait 364 621 habitants. L’Intendant y distingue les différents groupes sociaux qu’il répartit en différentes castes :

Composition de la population de Yucatan         

              53 866            espagnoles et métisses (15%)

                        264 955            indigènes (73%)

                          45 201 noirs et mulâtres (12%)

599                   religieux et religieuses

 

Total :            364 621            habitants dans l’Intendance[21] 

D’après ces statistiques, il ressort clairement que moins de 15% de la population du Yucatan exploitaient à leur profit 75% de la population totale. Pour la seule ville de Mérida, le rapport entre les indigènes et les espagnoles est de 53% par rapport à seulement 11,8%. 

Habitants de Mérida            27 829 au total répartis comme suit :

            Européens            126

            Espagnoles        3 286

            Indigènes            14 751

            Mulâtres            3 416

            Autres               6 250[22] 

En 1795, la population avait augmentée et atteignait 394 090 habitants. L’année 1814 fut très importante pour le Yucatan; l’Intendance ouvrit définitivement ses portes au commerce étranger, rompant ainsi un monopole espagnol de plus de trente ans.[23] Ces diverses réformes modifièrent sensiblement la situation et la qualité de vie des peuples autochtones, intégrés malgré eux à ces changements administratifs.

Les implications pour la population maya

L’établissement espagnol aux 16ème et 17ème siècles coïncida avec un important déclin de la population maya. Au 18ème siècle il y eut cependant un retournement de situation alors que vers 1750 le nombre d’autochtones connut une rapide augmentation qui se poursuivit jusqu’au milieu du 19ème siècle. Cette situation fut rendue possible par une économie interne et externe florissante. La nécessité de trouver de nouvelles étendues cultivables se fit rapidement sentir afin de subvenir aux besoins d’une population en pleine expansion. Dans la partie ouest du Yucatan, les ouvriers agricoles devaient conclure des arrangements avec les grands propriétaires afin de pouvoir travailler sur leurs terres. Les campagnes devaient approvisionner les villes comme Mérida, Campeche et Valladolid qui étaient de plus en plus peuplées. En 1794, Mérida comptait 26 723 habitants et plus de 30 000 en 1807. Entre 1700 et 1794 la population totale du Yucatan passa d’environ 200 000 habitants à plus de 350 000 habitants.[24] Avant l’introduction de l’Intendance au Yucatan, en 1786, chaque communauté indigène traitait directement avec le gouverneur et ses assistants. Les réformes des Bourbons à la fin du 18ème siècle renforcèrent le contrôle de la métropole sur la colonie et menaça sérieusement la relative autonomie que certaines populations indigènes avaient jusqu’alors réussi à conserver.[25] Le système des encomiendas fut abolit, en 1785, et remplacé par celui des haciendas qui étaient des unités sociales et économiques au sein desquelles les autochtones représentaient la plus importante force de travail et la base de l’économie. Les haciendas furent implantées en plus grand nombre dans la partie ouest de la péninsule du Yucatan.[26]

Les chercheurs discutèrent longtemps des conséquences des réformes sur la vie des Mayas. Nancy Farris soutenait que l’établissement d’indigènes sur les grands domaines dirigés par des propriétaires indépendants au 18ème siècle ne représentait en fait qu’un changement administratif mineur.[27] Cela fut peut-être vrai au départ mais c’est sans tenir compte des réelles conditions de travail des autochtones. Toutefois, à long terme, l’établissement des haciendas représenta un changement si important pour les ouvriers agricoles, qu’ils finirent par y être complètement dominés par les propriétaires.[28] Le changement qui affecta le plus les population indigènes fut la nomination des sous-délégués qui, rattachés à chaque partido, permettait à la population un contact plus direct avec les nouveaux employés administratifs. À plusieurs endroits, les sous délégués étaient d’anciens corregidores ou alcaldes mayores revêtus de nouveaux titres mais sans réel changement dans leur fonction. [29] L’Intendance présentait néanmoins un élément de continuité pour la population maya. Les indigènes qui vivaient dans les estancias et les haciendas ne se détachaient pas réellement de leurs pueblos.[30] Ils créèrent de petits regroupements sur les estancias[31] et demeurèrent socialement et administrativement liés aux pueblos.[32]

Robert Patch précise par contre, que les haciendas offraient une certaine forme de sécurité aux ouvriers, parce qu’elles disposaient de réserves qui pouvaient être distribuées en cas de famine.[33]

 

 

Chine, période des trois royaumes, époque de troubles

Période des Trois Royaumes (220-265 après J.C.)

 

Introduction

 

La dynastie des Han (206 av. J.-C. à 220 ap. J.-C.), par la durée de son règne mais aussi par ses réformes administratives, connue un tel prestige et une telle prospérité que le peuple chinois se qualifie encore aujourd’hui de peuple Han. La chute de cette dynastie et la longue période d’instabilité qui s’ensuivit eurent d’importantes conséquences politiques, militaires et culturelles sur la société chinoise du début du IIIème siècle de notre ère. Une longue période parsemée de guerres de clans divisa la Chine en trois royaumes : Shu, au Sud-Ouest de la Chine, sa capitale est Chengdu, et la dynastie y régna de 221 à 263; Wei, au Nord de la Chine, sa capitale est Luoyang, et la dynastie y régna de 220 à 265; et Wu, au sud-est de la Chine, sa capitale est Nankin, et la dynastie y régna de 229 à 280.[1] Ces royaumes sont respectivement dirigés par les chefs militaires Liu Bei, Cao Cao et Sun Quan.

 

En trois ans seulement, l’Empire Han fut décomposé en trois royaumes, aucun n’arrivant à prendre l’ascendant sur l’autre, et ce pendant une cinquantaine d’années. Débuta ensuite une longue période de guerres civiles car chacun des chefs tâchèrent de réunir et de centraliser l’Empire à partir de leur capitale. Ils furent donc constamment en guerre, cherchant les appuis tantôt de l’un, tantôt de l’autre afin de pouvoir s’arroger davantage de territoire.

 

Je tâcherai de faire la lumière sur cette période importante et méconnue que la culture chinoise a romancée et véhiculée par L’épopée des Trois Royaumes. J’analyserai les causes de la chute des Han, le contexte de l’ascension des chefs ainsi que les éléments qui présentent des changements et des continuité pour la population.

 

Au commencement du IIe siècle de notre ère, la Chine des Han s’enlisait peu à peu dans l’incompétence et l’anarchie. Le fonctionnement du vaste Empire chinois reposait symboliquement sur la personne de l’empereur ce qui lui conférait l’importance primordiale rattachée à ce titre. Malheureusement, en 184, l’empereur n’était qu’un enfant et les puissants du royaume profitèrent de l’instabilité qui culmina avec la révolte des Turbans Jaunes (184-191).[2]

 

 

La fin de la dynastie des Han

 

De violentes révoltes marquèrent la fin de la dynastie des Han postérieurs. En 190, le palais de Luoyang fut pillé et incendié, les trésors et les œuvres d’art que les Han accumulaient depuis 200 ans furent détruits. La dynastie fut définitivement emportée par l’insurrection des Turbans Jaunes, qui fut un soulèvement paysan d’une très grande ampleur mené par le prophète taoïste Zhang Jiao. Ce soulèvement était dirigé contre toutes les institutions administratives et gouvernemental; contre l’Empire Han qu’ils jugeaient corrompu. Pour réprimer le mouvement, les chefs de guerre procédèrent à la formation d’armées autonomes qui ne répondaient qu’à leurs chefs et non plus à l’empereur. Des généraux s’illustrèrent, dont Cao Cao (115-220), désireux de profiter de l’instabilité du pouvoir pour se tailler une part du royaume. À ce moment, même si le dernier empereur des Han n’avait pas encore été déposé, les chefs militaires détenaient la réalité du pouvoir. Ce fut à la fin du IIe siècle que les empereurs Han perdirent toute autorité. À la cour à Luoyang, les dirigeants se disputèrent le pouvoir jusqu’à ce que Cao Cao s’y rende à la tête de ses troupes afin de se proclamer Protecteur du trône[3]. La Chine se fragmenta alors en unités politiques rivales dont les conflits plongèrent le pays dans une anarchie durable. Ici débuta la période des Trois Royaumes, et le commencement de nombreuses années d’instabilité politique.

 

 

 

Caractéristiques des trois royaumes

 

L’élément qui déclencha directement la division de l’Empire fut la bataille de la Falaise Rouge, survenue en 208. Elle se solda par la défaite de Cao Cao face aux forces alliées de Sun Quan et de Liu Bei et par la formation de royaumes en quête d’hégémonie.[4]

 

Wei

 

Le royaume de Wei, situé dans le bassin du Fleuve Jaune, était dirigé par Cao Cao. Il dirigeait le plus fort des royaumes et avait l’autorité sur toute la zone de la vallée de Wei, et ce même avant la fin du règne des Han. Sa priorité fut d’étendre son autorité sur toute la Chine du Nord car cette partie était la plus riche de l’Empire. Cao Cao rechercha partout des hommes de talent qu’il nommait fonctionnaires selon leur capacité et gardait constamment des troupes en cantonnement pour leur faire défricher les landes. Cao Cao était connu pour son caractère méfiant et soupçonneux. À sa mort, son fils Cao Pei réalisa le projet paternel et se fit nommer empereur du royaume de Wei. Le royaume de Wei, centralisateur et autoritaire, était une dictature militaire. La politique menée par Cao Cao visait le développement économique de son royaume par l’exploitation de colonies agricoles ainsi que le renforcement de la justice criminelle.[5] 

 

Shu

 

Le royaume de Shu était dirigé par Liu Bei, prince Han d’une branche cadette qui vivait dans de modestes conditions. Plusieurs fidèles ou nostalgiques du règne des Hans s’allièrent à Liu Bei dans ses efforts pour légitimer son pouvoir, défendre les frontières de son royaume et conquérir ses voisins. Liu Bei était cependant le seul prétendant légitime à la succession des Han. L’histoire associe à cet empereur les valeureux et quasi légendaires Guan Yu, Zhang Fei et Zhuge Liang dont les hauts-faits sont exposés dans L’Épopée des Trois Royaumes. Le royaume de Shu, centralisé et militaire, était légitimiste et sa capitale Chengdu était située dans l’actuel Sichuan.[6]

 

Wu

 

Le royaume de Wu était dirigé par Sun Quan qui fut pendant longtemps l’allié de Liu Bei. Il commença cependant à craindre le succès que remportaient les légitimistes. Dans la crainte de perdre prestige et possessions il délaissa ses ententes avec Liu Bei pour s’allier à Cao Cao. Le royaume de Wu était dirigé par une confédération formée des familles de propriétaires les plus puissantes de la région.[7]

 

 

Personnalités et événements

 

Cao Cao avait les qualité d’un bon chef, bon capitaine et meneur d’homme il était par contre sans scrupule et brutal mais dans l’ensemble un homme politique rusé et adroit en plus d’être fort lettré. Il tenta d’unifier toute la Chine, mais perdit la bataille contre Sun Quan et Liu Bei dans la bataille de la Falaise rouge (208). Cette défaite marqua le commencement des nombreuses batailles entre les trois royaumes.

 

Dans le nord, les successeurs du royaume de Wei laissèrent les possessions et le gouvernement tomber dans une dégénérescence rapide. Le royaume de Wei réussi néanmoins à conquérir le royaume de Shu en 263. Les dirigeants laissèrent cependant peu à peu le pouvoir à des maires du palais, dont la vocation était héréditaire, qui appartenaient à la maison des Sima.[8]

 

 

 

Changements et continuité en cette période de troubles

 

Bien que cette période tumultueuse ait durée moins de cinquante ans, la rivalité et les conflits ont été d’une telle importance que cette époque demeure l’une des plus célèbres de l’histoire de Chine.

 

L’historien Rafe de Crespigny, dans son ouvrage intitulé The Foundation and Early History of the Three Kingdoms, State of Wu, tente de confirmer les éléments de légendes contenus dans L’Épopée des Trois Royaumes en établissant ce qui s’est réellement produit par rapport aux éléments romantiques qui furent rajoutés lors de l’écriture du roman. Écriture qui fut postérieure de plusieurs années aux événements, l’histoire fut longtemps véhiculée de façon orale. L’histoire réelle proposée par Crespigny est avant tout politique et militaire et s’articule autour d’une infinité d’alliances stratégiques et de conflits civils. Il développe l’idée selon laquelle la défaite de Cao Cao serait due à sa rencontre avec le général Zhou Yu du royaume de Wu plutôt qu’avec Zhuge Liang tel que la tradition littéraire le prétend.[9]

 

Malgré les troubles, cette période ne fut pas exempte d’innovations techniques et culturelles puisque c’est à ce moment que se développa, la consommation du thé ainsi que la fabrication de la porcelaine. Le IIIe siècle fut une époque culturellement riche, celle du développement de cénacles de philosophes et de renouveau artistique, avec notamment le calligraphe et poète Wang Xizhi et le grand peintre Gu Kaizhi.[10]

 

Durant la période des Trois Royaumes, le général Kong Ming utilisa le déploiement tactique au combat. Ce qui démontre que les guerres, même endémiques, étaient très méthodiques à cette époque.[11] Dans le royaume de Cao Cao, les militaires formaient même une caste fermée qui ne se mariait qu’entre eux.[12] Ce fut également durant ces années que se diffusa largement le bouddhisme favorisé par les dirigeants et les aristocrates. Les communautés bouddhistes étaient exemptées d’impôts et de corvées. Ce statut particulier engendra une rivalité latente entre les religions.[13]

 

 

Fin des Trois Royaumes

 

En 265, l’Empire est enfin réunifié alors que l’un des maires du palais, Sima, déposa le dernier empereur des Wei et monta sur le trône comme fondateur des Tsin.[14] Une division se produisit ensuite entre la chine du Nord et la Chine du Sud. Au nord, les Huns recommencèrent leurs ravages profitant des troubles internes pour agir. Les multiples tentatives de réunifications ne résistèrent cependant pas à ces percées des tributs barbares, originaires des steppes ou du Tibet, qui dès le IIe siècle déferlèrent sur les bassins de Wei et du Huang He.[15] L’armée Wei, au terme d’une longue marche, prit la capitale du Shu, qui se rendit vers 284. Le royaume du Wu, qui n’avait que peu de chance de résister au puissant royaume de Wei donna sa rédition en 292. Après un court retour à l’unité sous l’autorité du fondateur de la dynastie des Jin occidentaux, Sima Yan, la Chine retomba dans le chaos de la guerre. Ainsi pendant environ trois siècles, le nord du pays fut aux mains des Turco-mongols. Au sud, en revanche, les dynasties se succédèrent à Nankin. L’État affaibli ne put rien contre la puissance des grandes familles aristocratiques et la plupart des régions vécurent la fin de la crise repliées sur elles-mêmes.[16]

 

 

Conclusion

 

Finalement, l’époque des Trois Royaume fut effectivement une période tourmentée au point de vu politique et militaire. Ces conditions de conflits constant ne manquèrent pas d’affecter les populations qui vivaient dans une crainte permanente, ainsi que l’économie qui ressenti les contrecoups de l’insécurité des voies commerciales. Lors de la chute des royaumes, les invasions des peuples de la steppe provoquèrent l’apparition d’un État et d’une culture originale où l’influence chinoise se combina avec celle des nomades.

Les luttes que se livrèrent les dirigeants des trois royaumes ont été conservées et élevées au rang de légende par le classique historique de la littérature chinoise L’Épopée des Trois Royaumes. Cet ouvrage oriental tient une place équivalente à La Chanson de Roland pour la littérature occidentale.[17]

Cao Cao, décédé en 220, aurait fait construire 72 tombes de son vivant au bord de la rivière Zhanghe afin de dissuader ses ennemis de chercher l’emplacement de sa véritable sépulture. Certains historiens affirment que l’une de ces tombes contient effectivement la dépouille du général, alors que d’autres croient que ces tombes étaient toutes destinées à égarer les pilleurs. Les archéologues n’ont jamais découvert la vraie tombe de Cao Cao.[18] 

 

 

Bibliographie

 

 

BALAZS, Étienne. La bureaucratie céleste. Paris, Gallimard, 1968. 351 pages.

 

 

De CRESPIGNY, Rafe. The Foundation and Earl History of the Three Kingdoms State of             Wu. Sidney, Australian National University, 1990,713 pages.

 

 

GERNET, Jacques. La Chine ancienne : des origines à l’Empire. Coll. Que sais-je?,             Paris, Presses Universitaires de France, 2001. 126 pages.

 

 

KAMENAROVIC, Ivan P., La Chine Classique. Paris, Les Belles Lettres, 1999, 287                    pages.

 

 

MASPERO, Henri. La Chine antique. Paris, Presses Universitaires de France, 1978. 519             pages.

 

 

WAKEMAN, Frederick JR., «Rebellion and Revolution: The Study of Popular             Movements in Chinese History», The Journal of Asian Studies. Vol. 36, No. 2,             (Feb. 1977). P. 201-237.



[1] Jacques Gernet. La Chine ancienne : des origines à l’Empire. Coll. Que sais-je?, Paris, Presses                 Universitaires de France, 2001. p. 65.

[2] Ivan P. Kamenarovic., La Chine Classique. Paris, Les Belles Lettres, 1999, pages 39-40.

[3] Frederick Jr Wakeman, «Rebellion and Revolution: The Study of Popular Movements in Chinese                 History», The Journal of Asian Studies. Vol. 36, No. 2, (Feb. 1977). p. 204.

[4] Henri Maspero. La Chine antique. Paris, Presses Universitaires de France, 1978. p. 119.

[5] Ibid., p. 123.

[6] Ivan P. Kamenarovic., La Chine Classique. Paris, Les Belles Lettres, 1999, p. 40.

[7] Henri Maspero. La Chine antique. Paris, Presses Universitaires de France, 1978. p. 124.

[8] Ivan P. Kamenarovic., La Chine Classique. Paris, Les Belles Lettres, 1999, p. 48.

[9] Rafe De Crespigny. The Foundation and Earl History of the Three Kingdoms State of            Wu. Sidney,                 Australian National University, 1990.

[10] Henri Maspero. La Chine antique. Paris, Presses Universitaires de France, 1978. p. 126.

[11] Frederick Jr Wakeman, «Rebellion and Revolution: The Study of Popular Movements in Chinese                 History», The Journal of Asian Studies. Vol. 36, No. 2, (Feb. 1977). p. 232.

[12] Henri Maspero. Op. Cit., p. 123.

[13] Ivan P. Kamenarovic., La Chine Classique. Paris, Les Belles Lettres, 1999, p. 38.

[14] Henri Maspero. La Chine antique. Paris, Presses Universitaires de France, 1978. p. 130.

[15] Ibid. p. 129.

[16] Ivan P. Kamenarovic., La Chine Classique. Paris, Les Belles Lettres, 1999, p. 42.

[17] Ivan P. Kamenarovic., La Chine Classique. Paris, Les Belles Lettres, 1999, p. 41.

[18] Henri Maspero. La Chine antique. Paris, Presses Universitaires de France, 1978. p. 120.

 

Étude sur le Bernin, 2ème partie

Les bustes

 

Le Bernin excelle également dans l’art du portrait, c’est un genre que Bernin pratiqua épisodiquement toute sa vie. Le buste de Costanza Buonarelli, sa maîtresse, est un portrait opulent, semblable à une figure de Rubens (scala p. 42). Les nombreux bustes sculptés par le Bernin ont la même intensité dramatique et le même réalisme, comme le portrait du cardinal Scipion Borghèse ou celui de Louis XIV. Les bustes du XVIIème siècle reflètent non seulement la nouvelle technique « en mouvement » mais aussi (comme au XVIème siècle), la dignité et la puissance du personnage représenté (Scala p.74). Pour le buste de Scipion Borghèse, on assiste à un véritable dialogue avec le monde environnant. Le cardinal fait un mouvement de la tête, ouvre les lèvres comme quelqu’un qui répond à une question. Le personnage requiert la présence du spectateur. Ici encore, l’œuvre baroque n’est pas repliée sur elle-même mais s’ouvre à l’interprétation et à la participation du spectateur (Scala p. 74).

 

« Pour réussir dans un portrait, il faut prendre un acte et tâcher à le bien représenter; le plus beau temps qu’on puisse choisir pour la bouche est quand on vient de parler ou qu’on va prendre la parole. » - Gian Lorenzo Bernini (Scala p. 14)

 

Le buste du gentilhomme anglais Thomas Baker, ou encore le portrait de Charles Ier, roi d’Angleterre, sont des œuvres qui symbolisent la nouvelle valeur politique de l’art. En effet, le Bernin avait reçu pour mission, avec cette commande du buste d’un protestant (Baker), d’être non seulement un sculpteur mais aussi un ambassadeur, comme Rubens l’était à la même époque. C’est le Bernin, avec le buste de Louis XIV, qui donnera le modèle de cette nouvelle synthèse. C’est aussi lui qui fixera un nouveau type, dynamique et vital, comme il le fera au cours de ces mêmes années pour la statue, le groupe, l’architecture, la fontaine, l’autel et pour les représentations de la mort (Scala p.74). Bernini travailla à de nombreux portraits sculptés mais aussi peints. Sa méthode consiste entre autres à penser à un portrait avant tout comme à une étude de caractère, qu’il cerne à travers des dessins d’après nature (Scala p. 74).

 

 

L’eau et la lumière

 

Outre le marbre, l’œuvre du Bernin compte deux autres matières essentielles: l'eau (il dotera Rome de nombreuses fontaines), élément de prédilection, miroir et instrument de métamorphose, et la lumière, élément divin qui confère la vie aux formes inanimées.

 

Le thème des fontaines était déjà présent à Naples et à Florence mais c’est le Bernin qui le fait sortir de la résidence de campagne à la ville, de l’espace naturel à l’espace social. La sculpture y est conçue en fonction de l’eau qui devient, en raison de son caractère fluide, une forme symbolique du baroque (Scala p. 70).

Le Bernin, par l’architecture des fontaines, propose une nouvelle manière d’associer la pierre et l’eau, l’allégorie et les aspirations impériales de l’Église. Dans ces constructions, les nombreuses figures issues du panthéon mythologique des eaux et des mers paraissent s’affranchir des rapports avec la nature. La fontaine du Triton est un hommage à Urbain VIII, qui mourut un an après son inauguration. Dans l’axe frontal, les insignes papaux, la tiare et la clé, ainsi que les trois abeilles du blason des Barberini, rappellent l’identité du donateur. Dans le cas de cette fontaine, la sculpture est étroitement liée au facteur eau : le triton envoie un grand jet dont le concept consiste à transformer le son en eau. L’eau jaillissant évoque un lys rappelant les armoiries de la France dont les Barberini étaient les alliés. Le Bernin construit même des emblèmes avec de l’eau (Scala p. 70).

Au milieu du siècle, avec la Fontaine des Fleuves sur la place Navone, le Bernin donne la démonstration la plus élevée de son idée de la fontaine-monument. Une inscription indique que le pape a ainsi voulu offrir « du plaisir à ceux qui se promènent, à boire à ceux qui ont soif, et une occasion à ceux qui veulent méditer » (Scala p. 70).Cette fontaine démontre comment on arrive à attribuer à la sculpture une valeur d’urbanisme. La Fontaine des Fleuves occupe le centre de la grande place Navona et en constitue le point focal. La partie haute de la fontaine est un obélisque égyptien. La partie centrale est un grand ensemble sculpté, avec de gigantesque personnages représentant les fleuves. Les quatre personnages assis au pied du monument représentent des fleuves qui illustrent les quatre continent : il s’agit du Danube (l’Europe), du Gange (l’Asie), du Nil (l’Afrique), et du Rio de la Plata (les Amériques) (Wallace, Le Bernin et son temps. P. 88). La partie inférieure trouve sa raison d’être dans l’eau en mouvement. Un ensemble de formes, de moyens et de significations qui est typiquement d’une époque (Conti, Flavio. Connaître l’art. p. 244) .

À la fin de sa vie, le Bernin conçoit la décoration du Pont Saint-Anges comme la passerelle d’une procession charismatique, encore avec le concours de la fluidité de l’eau. La méditation de l’artiste sur les roches ayant une vie et une expression propre lui donne l’idée de la fontaine de Trévi ; palais transformé en spectacle d’eau (Scala p. 70).

 

Le Bernin fut l'un des premiers à utiliser les effets de lumière pour mettre en valeur une sculpture. À la chapelle Fonseca, une chute de lumière tombe sur les anges et les nuages. Pour la chaire de Saint-Pierre, le Bernin imagine une source de lumière qui reprend la forme de la colombe du Saint-Esprit et ceci grâce au jeu du vitrail; comme un soleil éclatant au milieu du bronze doré. L’importance de la lumière apparaît particulièrement dans son chef-d'oeuvre l'Extase de Sainte-Thérèse, où le soleil rayonne, venant d'une source invisible, illumine la sainte en extase et l'ange souriant qui est sur le point de lui transpercer le coeur avec une flèche d'or. 

Dans la chapelle Altieri à San Francesco a Ripa, dessinée en 1674 pour le cardinal Paluzzi degli Albertoni, apparenté au pape Clément X, dont il prit le nom, le Bernin retrouve les problèmes artistiques qu'il avait résolus à la chapelle Cornaro. L'éclairage indirect des fenêtres illumine le lit où est étendue la bienheureuse Ludovica Albertoni mourante dont le culte fut institué en 1671. Pour le Bernin, la source de lumière est presque toujours invisible. Dans la chapelle Raimondi, tout comme dans celle de la Bienheureuse Ludovica Albertoni, deux fenêtres de part et d’autre du groupe sculpté, invisibles lorsque l’on se trouve à l’intérieur de la chapelle, produisent un intense effet de lumière; atmosphère dans laquelle trônent les figures sacrées (Scala p. 68).

 

 

Démarche artistique du Bernin

 

La nécessité de restaurer des sculptures antiques mettra le Bernin en contact avec l’habilité technique des artistes hellénistiques, habileté qu’il saura pousser jusqu’à la fiction la plus recherchée. Ainsi, le Bernin est capable de sculpter une larme tout comme la transparence aérienne des feuilles (Scala p. 62). Pour la sculpture du David, l’expression du visage et la crispation de la bouche appartiennent en propre au sculpteur; il s’inspirait de l’image que lui renvoyait un miroir parfois tenu par un haut personnage, en l’occurrence le cardinal Maffeo Barberini qui vouait au Bernin autant d’amitié que d’admiration (Wallace, Le Bernin et son temps. P. 27). C’est le Bernin qui découvre la synthèse entre les différents arts dans ce qu’il appelle bel composto ou mirabile composto. Les disciplines individuelles perdent de leur importance au profit du rapport avec le spectateur qui devient le but de l’art baroque (Scala p. 62). Le Bernin intervient autant au moment de la réalisation du projet qu'à celui de sa conception. Le Bernin transforme la fixité et la certitude en mouvement et en ambiguïté (Scala p. 7). Dans les œuvres grandeur nature sculptées pour Scipion Borghèse, il traite de manière entièrement nouvelle le problème du rapport entre sculpture et spectateur, invitant, par sa virtuosité technique à une différente expérience de la réalité (Scala p. 3). Il se méfie des dessins et réalise des modèles, souvent en plâtre et en grandeur nature. Cette démarche, particulière à l'artiste, cherche à vérifier l'effet obtenu dans l'espace. Ainsi, la mise en place du modèle du baldaquin de Saint-Pierre sous la coupole de la basilique le conduira à remplacer la statue du Christ, qui devait originellement couronner l'œuvre, par une simple croix. Le travertin, pierre poreuse dont Bernini fait grand usage, prend une couleur et un aspect différents selon qu'il est taillé dans le sens de la sédimentation ou non, propriété qui séduit le sculpteur. Le bronze, extrêmement travaillé, noirci, bruni ou doré, s'oppose à la blancheur du marbre, ou s’allie à la polychromie du marbre de Sicile. Le stuc modelé et peint simule les autres matières.

 

C’est le siècle qui approfondit la peinture quasi-scientifique de « l’anamorphose », image qui change selon qu’elle est vue de près ou de loin, et qui exige une participation réelle du spectateur (Scala p. 60). Le spectateur que souhaite le Bernin est participant; il lui faudra donc avancer, revenir sur ses pas pour vérifier, par exemple, la crédibilité des tribunes sur les côtés à Sainte-Thérèse, mais aussi pour comprendre d’où vient la lumière (Scala p. 58). Bernin abandonne cependant les points de vue multiples chers aux maniéristes : faites pour être vues de face comme des tableaux, ses sculptures étaient présentées adossées aux murs de la galerie Borghèse.

 

L’habilité du Bernin pour restituer les textures de la peau ou des vêtements ainsi que pour susciter l'émotion est sans pareille. Son influence a été considérable dans l'Europe des XVIIe et XVIIIe siècles. Le Bernin, qui conçoit la décoration de marbre pour la basilique Saint-Pierre a non moins de 200 artistes qui travaillent sous ses ordres; ce qui explique en partie l’influence immense qu’il exerce sur les artistes de son temps (Scala p. 5). Il fut particulièrement imité en France (ce qui est surtout dû à son passage auprès de Louis XIV) et en Allemagne.

Dans ses dernières œuvres, les figures, plus libres, s'allongent, se balancent, les drapés sont plus expressifs, le contraposto est plus marqué. La toute dernière œuvre de Bernin fut un buste du Salvator Mundi pour la reine Christine de Suède.

 

Le Bernin architecte

 

Inséparable du sculpteur, le Bernin architecte conçoit un espace en mouvement, et recourt fréquemment aux formes tumultueuses où s'exprime la torsion et à la matière comme élément vivant avec lequel il s'ingénie à composer. Dès les années 1620, le Bernin accomplit de grands projets architecturaux comme la façade de l'église Santa Bibiana (1624-26), à Rome et la création du magnifique Baldaquin (1624-26) au-dessus du grand autel de la Basilique Saint-Pierre de Rome. Il a aussi dessiné plusieurs palais: le palazzo Ludovisi et le Palazzo Chigi à Rome.

Dans la dernière période de sa vie il dessina aussi des églises. Son chef-d'oeuvre est Sant’Andrea al Quirinale à Rome, construite sur un plan de forme ovale. L'intérieure, fait de marbre sombre, est éclairé par un dôme de marbre blanc orné de dorures. Il a aussi fait les colonnades de la place Saint-Pierre de Rome et le baldaquin, qui prouve, à juste raison, qu’une œuvre sculptée peut être considérée comme une architecture. Celle-ci présente de nombreux caractères typiques du baroque : emphase, fantaisie et théâtralité. La colonne torse s’enroule et caractérise le baldaquin, ce motif décoratif eut un immense succès et devint par la suite un thème fréquent du baroque. (Conti, Flavio. Connaître l’art. p. 278)

Il faut citer aussi deux réalisations majeures : San Tommaso da Villanova à Castel Gandolfo (1658-1661), et la collégiale d’Arricia, de Santa Maria dell’Assunzione (1662-1664).

 

Tombeaux

Chez le Bernin, la mort est liée à la haute spiritualité, c’est un personnage vif et actif. Son lieu de prédilection est le catafalque (Scala p. 76). Jusqu’à l’époque du Bernin, le squelette était une présence complémentaire, mais chez le Bernin son rôle devient réellement physique. La mort n’est plus figurant, mais bien acteur principal (Scala p. 76). Pour le tombeau d'Urbain VIII à Saint-Pierre, Bernini s'inspire de la composition de Guglielmo della Porta pour le mausolée de Paul III Farnèse (1549-1575), mais il anime ses figures avec une remarquable autorité. Le Bernin donnera au tombeau un nouvel aspect, en même temps  qu’il établira une nouvelle interprétation de la mort avec le tombeau d’Urbain VIII dans Saint-Pierre. La clef de lecture du monument est la mort au centre, apparition qui ne s’harmonise pas avec l’architecture mais qui émet une présence active et impérieuse n’inculquant aucune peur (Scala p. 76). Pour le catafalque de Paul V, il réalisa pour la première fois une décoration qui tient à la fois de l’architecture et de la sculpture (Scala p. 3). Pendant sa disgrâce sous le pontificat d'Innocent X, Bernini conçoit ce qu'il considérera comme son œuvre la plus parfaite : la chapelle funéraire du cardinal vénitien Federico Cornaro, dans la petite église des carmélites de Sainte-Marie-de-la-Victoire (1645-1652). Il dessine un pavement de marbres, orné de médaillons dans lesquels s'animent des squelettes ; sur les côtés, il sculpte, comme accoudés à une tribune, les membres de la famille Cornaro et, au-dessus de l'autel, sainte Thérèse d'Avila en extase : la transverbération est fidèlement représentée d'après le récit de la nouvelle sainte, canonisée en 1622.

 

Conclusion

Le Bernin est parvenu, dès sa jeunesse, à la plus grande spécificité d’une technique infiniment élaborée. Il a rapidement senti l’exiguïté des limites de la sculpture, aussi projète t’il des ensemble architecturaux, synthèse des deux techniques (FAGIOLO DELL’ARCO, Maurizio. « Le Baroque » p. 712).

 

Celui-ci excelle à figurer le mouvement et l'élan des figures; dans son groupe Apollon et Daphné, le Bernin montre la jeune nymphe au moment précis où, poursuivie par Apollon, elle commence à se métamorphoser en laurier. Cet intérêt pour l'effet spectaculaire se retrouve dans l'Extase de sainte Thérèse

 

Constamment stimulé par son père, le jeune Bernini se forme en dessinant les marbres antiques du Vatican, notamment le Laocoon, l'Apollon du Belvédère et surtout l'Antinoüs (dans lequel nous reconnaissons aujourd'hui un Hermès) qu'il va « consulter comme son oracle » pour composer sa première figure, raconte-t-il en 1665 devant l'Académie de peinture et de sculpture de Paris, et dont il s'inspire encore pour sculpter les figures d'ange du pont Saint-Ange. Il apprend aussi à grouper harmonieusement les figures en dessinant d'après les Stanze de Raphaël et Le Jugement dernier de Michel-Ange, se montre sensible au coloris et à l'atmosphère de Titien et de Corrège, et revient également à une étude directe de la nature, cherchant à saisir dans le miroir ou par de rapides esquisses la vérité de l'expression et du mouvement. Il y est encouragé par l'exemple de Caravage, dont les œuvres, petits tableaux de chevalet ou grandes toiles d'autel, ont ouvert la voie d'un retour à la leçon de la nature en réaction contre les virtuoses déformations de la maniera. Ce faisant, Bernini inverse en quelque sorte la démarche des artistes de la haute Renaissance : ceux-ci avaient renouvelé la peinture en étudiant la statuaire antique ; Bernin renouvelle la sculpture en s'inspirant de leurs œuvres. Gian Lorenzo aurait sculpté à treize ans un groupe qui put passer pour un antique, Zeus allaité par la chèvre Amalthée, et à dix-sept ans un Saint Laurent, son saint patron, où il affirme sa maîtrise. Introduit par son père dans le cercle du pape Paul V Borghèse, puis auprès des cardinaux amateurs d'art, le jeune Bernin sculpte pour le cardinal Maffeo Barberini, le futur Urbain VIII, un Martyre de saint Sébastien et pour le cardinal Montalto, neveu de Sixte V, un Neptune et Triton, destiné à une fontaine. Pour la villa du cardinal Scipion Borghèse, neveu de Paul V, où ils se trouvent toujours, il sculpte les groupes d'Énée, Anchise et Ascagne fuyant Troie, Pluton et Proserpine, et Apollon et Daphné, qu'il saisit en pleine course et en pleine métamorphose. Il réalise également un David, pour lequel il prend le contre-pied du David serein et méditatif de Michel-Ange, en donnant à sa figure bandant sa fronde la torsion du Polyphème de Carrache à la galerie Farnèse. Comme les sculptures de Jean de Bologne, ces groupes, qui veulent rivaliser avec les groupes hellénistiques, font oublier qu'ils sont taillés dans un bloc de marbre.

S'intéressant aux expressions changeantes des visages sous l'effet de la souffrance (Saint Laurent et L'Âme damnée), de la peur (Daphné) ou de la détermination (David), il taille aussi à cette époque ses premiers bustes, Paul V, Monsignor Pedro de Foix Montoya. Grégoire XV Ludovisi le nomme cavaliere dès 1621, année où il est élu principe de l'académie de Saint-Luc.

En disgrâce au début du pontificat d'Innocent X Pamphilj, le Cavalier garde la conduite du chantier de Saint-Pierre. Bernin y pousse plus loin encore la virtuosité anthropomorphe de la Fontaine du Triton, place Barberini. Sous le pontificat d'Alexandre VII Chigi, qui veut renouer avec la grande politique d'Urbain VIII et lui rend toute sa confiance, le Cavalier exécute le dessin de la place Saint-Pierre. Ce parvis monumental, destiné à contenir la foule des pèlerins lors des bénédictions urbi et orbi, rappelle la grandeur de la Rome antique. Presque en même temps, Bernin conçoit dans l'abside un monument destiné à porter la chaire de saint Pierre; symbole du pouvoir pontifical et exaltation de la cathedra Petri, elle est soutenue par les quatre Pères de l'Église. Pour le palais du Vatican, le Cavalier dessine la Scala regia, qu'il orne d'une statue équestre de Constantin et qu'il anime d'une colonnade en perspective accélérée comme Borromini l'avait fait au palais Spada (1652). Mais s'il imite ici Borromini, son architecture prend généralement le contre-pied de celle de son rival, dont il condamne le « libertinage » architectural, déclarant qu'il « préfère un mauvais catholique à un bon hérétique ». Lorsqu'il s'inspire de Michel-Ange, c'est plus de l'architecte « classique » de la place du Capitole ou de Saint-Pierre que de l'« hérétique » à la fantaisie trop libre de la porta Pia. Pour l'église du noviciat des jésuites, Saint-André-au-Quirinal, il dessine une façade qui est une variation sur la travée du palais des Conservateurs de la place du Capitole et délimite un espace ovale beaucoup plus banal que celui de l'église voisine de Borromini, Saint-Charles-aux-Quatre-Fontaines. Borromini à Saint-Charles et à Saint-Yves-de-la-Sapience crée un espace complexe qu'il décore de stuc blanc et or, alors que Bernin transfigure l'espace en utilisant des marbres polychromes et en multipliant les statues. Pour Sainte-Marie-de-l'Assomption à Ariccia (1662-1664), il revient à un langage architectural encore plus sage, sobre variation sur le thème du Panthéon.



[1] Voir annexe page    deux lettres envoyées par Louis XIV, l’une à Gian Lorenzo Bernini et l’autre à Alexandre

Étude sur Le Bernin, 1èere partie

Étude de l’œuvre de Gian Lorenzo Bernini quant à l’évolution de son style et l’influence du contexte socio-politique sur son art en regard des commandes qu’il reçut.

 

Introduction

 

Le baroque est un style architectural et décoratif né à Rome à la fin du XVIème siècle, caractérisé par des lignes irrégulières et ondoyantes, une absence totale de surfaces planes, un décor surchargé et des effets imprévus et outrés. Après le classicisme de la Renaissance, le baroque touche davantage les sensibilités populaires et provoque l’émerveillement. La recherche d’un effet théâtral entraîne l’emploi du trompe-l’oeil, ainsi que la multiplication des coupoles, des colonnes torses, des cadres sinueux et des décrochements. La sculpture baroque joue sur une confusion des genres, utilisant diverses ressources; l'architecture, la peinture, l’eau, la lumière, le mouvement et l’expression théâtrale.

Entre le 15ème et le 17ème siècle, les commanditaires les plus importants de Rome étaient souvent liés à la cour papale et les papes favorisaient fortement leurs propres familles. Ce favoritisme eut pour conséquence que les familles papales furent les mécènes les plus riches de Rome. L'art joua un rôle central pour leur auto-représentation. Parmi les œuvres commandées dans ce contexte figurent des tableaux de Raphaël, des sculptures de Michel-Ange ou du Bernin, ainsi que des palais en ville et à la campagne.

Vers le milieu du XVIIème siècle, les commandes artistiques ne sont plus l'apanage de la cour et du clergé mais également le fait des laïcs désireux de se sanctifier. 

J’étudierais l’œuvre de Gian Lorenzo Bernini (1598-1680, dit le Bernin), l’évolution de son style et l’influence du contexte socio-politique sur son art en regard des commandes qu’il a reçut. En première partie, j’analyserais le parcours du Bernin en traitant d’abord du type d’apprentissage qu’il a vécu et des premières commandes qu’il a reçu. Je verrais ensuite ses mandats sous Urbain VIII ainsi que sous Innocent X et Alexandre VII. J’exposerais brièvement son séjour en France et je conclurais cette section en traitant des dernières commandes papales qui lui furent faites. En seconde partie j’analyserais l’évolution et les particularités de son style; d’abord des façons qu’avait l’artiste de représenter le mouvement, des nombreux bustes qu’il produisit tout au long de sa vie et des éléments qu’il affectionnait dont l’eau et la lumière. J’étudierais aussi les caractéristiques de sa démarche artistique, son apport à l’architecture romaine ainsi que ses représentations de la mort destinées aux tombeaux et catafalques.

 

 

 
Partie I : Le parcours du Bernin

 

Apprentissage et premières commandes

 

Architecte, sculpteur et décorateur italien (Naples, 1598 — Rome, 1680). Pietro Bernini travaille pour le pape Paul V, et forme son fils Gian Lorenzo Bernini (le Bernin), qui, à dix-huit ans, entre au service du cardinal Scipion Borghèse. Le Bernin effectue des restaurations d’œuvres antiques pour le cardinal, neveu du pape et mécène fort actif, ainsi que pour les cardinaux Ludovisi et Montalto (Scala p. 3). Le Bernin commence à avoir véritablement du succès sous Paul V Borghèse, son neveu Scipion deviendra son plus important commanditaire, après avoir été le protecteur romain de Rubens (Scala p. 46). L’œuvre la plus précoce connue du Bernin est Zeus allaité par la chèvre Amalthée (art du baroque p. 278-279). Les quatre célèbres marbres de la villa Borghèse, que le Bernin exécute pour le cardinal Scipion Caffarelli Borghèse entre 1618 et 1625, s’inscrivent dans une première période de son œuvre qui l’impose comme le plus grand sculpteur d’Italie, comme le « Michel-Ange de son siècle ». Le Bernin effectue un retour à des formes classiques inspirées de l’Antiquité qui étaient tombées en désuétude depuis l’époque du maniérisme.

« J’avais été conseillé, jeune, par Annibal Carrache de dessiner d’après le jugement de Michel-Ange, au moins de deux années, pour apprendre la suite des muscles. » - Gian Lorenzo Bernini (Scala p. 10).

 

Pour le groupe Énée, Anchise et Ascagne fuyant Troie, le Bernin transcrit dans le marbre l’épisode virgilien de la fuite d’Énée dans Troie en flammes, il fut exposé dès 1619. Cette œuvre s’inscrit dans la conception renaissante de la Rome impériale, ce groupe incarne le mythe fondateur de l’Église romaine, pour laquelle la fuite de Troie, l’arrivée d’Énée dans le Latium puis la fondation de Rome et du peuple romain sont à l’origine de l’Église et de la papauté.

L'histoire du Bernin sera, à partir de ce moment, inséparable de celle de ses mécènes, de leur personnalité et de la confiance qu'ils lui accorderont. L’artiste connut pendant environ soixante ans la faveur de la papauté, qui vit en lui le créateur capable de doter l'Église de spectaculaires images. Dès 1621, il reçoit la croix de chevalier, la distinction la plus convoitée de l’époque; il n’a alors que 23 ans (Borromini recevra la même distinction a 53 ans) (Scala p. 42). En 1621, il commence pour les jardins de la villa Borghèse trois groupes sculptés. Ceux-ci seront remarqués par le cardinal Barberini, qui deviendra pape l'année suivante. Le pape Paul V meurt en 1621.

 

Après le court règne de Grégoire XV Ludovisi (1554-1623), durant lequel le Bernin débute ses ralations avec l’Ordre des Jésuites (Reymond Marcel, Le Bernin, p. 30), commence l’important pontificat d’Urbain VIII (Scala p. 46).

 

 
Sous Urbain VIII

 

En 1623, le cardinal Maffeo Barberini devient pape sous le nom d'Urbain VIII. Sous ce long pontificat (1623-1644), le Bernin est le « grand ordonnateur des arts ». Urbain VIII soutient inconditionnellement les arts, utilisant le mécénat comme une arme politique (Scala p. 4). Le pape incite Bernini à étudier la peinture et l'architecture, pour qu'il devienne un nouveau Michel-Ange. Dès son élection, Urbain VIII prend le Bernin sous sa protection, le pousse à peindre et lui commande de nombreuses réalisations architecturales. Une nouvelle période de création commence pour l’artiste, qui est chargé de projets monumentaux pour la décoration intérieure de la basilique Saint-Pierre. La commande de l’imposant baldaquin surmontant le tombeau de saint Pierre et l’autel papal propose une nouvelle façon d’associer l’architecture et la sculpture. En 1624, le Bernin réalise la façade de l'église Santa Bibiana et succède à Carlo Maderno à la direction du chantier de Saint-Pierre de Rome. Entre 1624 et 1633, il achève le théâtral baldaquin de bronze placé à la croisée du transept; le faîte, haut de 29 mètres, est soutenu par quatre colonnes torses. Dans les quatre piliers majeurs supportant la coupole, le Bernin aménagea de grandes niches encadrées par des colonnes torses (comme celles du baldaquin), où furent placées certaines de ses statues. Symbole par excellence du baroque, ce monument réorganise l'espace de la basilique en jouant avec la perspective et les proportions. Pour raviver la rigueur classique de Maderno, le Bernin utilise les multiples couleurs du marbre dans la décoration des piliers des nefs latérales et dans celle du pavement de la basilique.

Le baldaquin qui surmonte le tombeau de saint Pierre réalise une extraordinaire synthèse de la sculpture et de l’architecture. Le Bernin s’inspira du baldaquin des processions, mais en lui donnant des proportions gigantesques. Les colonnes torses font allusion au temple de Salomon, c’est la dimension de ces Colonne tortili qui confère le mouvement à l’espace de la croisée. Le programme iconographique en est extrêmement complexe. (art du baroque p. 22)

L’art baroque vit le jour à la cour Barberini grâce à la rencontre de Borromini, du Bernin et de Pierre de Crotone ; ils travailleront ensemble au grand chantier du palais Barberini (Scala p. 4).

La mort d’Urbain VIII, en 1644, marque la fin d’une intense période de création, dominée par l’activité du Bernin.

 

 
Sous Innocent X et Alexandre VII

 

À la mort d'Urbain VIII, la renommée du Cavalier est largement établie on se dispute ses bustes; de Charles Ier d'Angleterre en 1636 à Richelieu en 1641, mais le maître reçoit relativement moins de commandes au début du pontificat d'Innocent X, qui lui préfère Borromini. En 1644, Innocent X Pamphilj (1644-1655) succède au pape Urbain VIII. L’élection d’Innocent X, issu de la famille Pamphilj, entraîna l’éviction de l’artiste, qui perdit son titre d’architecte de Saint-Pierre. Il se diffuse alors une véritable campagne diffamatoire contre le Bernin allant jusqu’à faire démolir les clochers de Saint-Pierre déjà en partis construits (Scala p. 5). Les divergences entre le Bernin et Borromini s’avèrent implacables; le Bernin le qualifiera de « tailleur de pierres », « d’architecte de chimères » et Borromini quant à lui votera pour la démolition du clocher de Saint-Pierre (1645) et fera abattre la chapelle du Bernin (1646) (Scala p. 48). Obligé de se tourner vers des commanditaires privés, le Bernin commença en 1647 son œuvre la plus admirée, mais aussi la plus critiquée; L’Extase de sainte Thérèse, sculptée pour la chapelle funéraire de la famille Cornaro, dans l’église Santa Maria della Vittoria. Le Bernin organisa la représentation de la sainte comme un écrin autour de l'un de ses plus remarquables groupes sculptés. Les membres de la famille du donateur occupent les loges des parois latérales. (art du baroque p. 283-287). Des colonnes de marbre sombre et un fronton encadrent une «gloire» de bronze doré tapissant un fond d'albâtre, devant laquelle la sainte de marbre blanc, semblant planer sur un nuage, s'abandonne à la flèche de l'ange. Encore impliqué dans l’avancement de Saint Pierre, le Bernin voit à la décoration des écoinçons des arcs de la nef par des figures de Vertus, travail qui fut quasiment achevé par une armée de sculpteurs pour le jubilé de 1650. Sa maîtrise en ce domaine fut telle que le pape, plus proche de Borromini, mais reconnaissant néanmoins qu'il est « né pour traiter avec les plus grands princes », lui demande un buste (vers 1647) et lui confie la réalisation de la Fontaine des Quatre-Fleuves, place Navone, sous les fenêtres du palais familial Pamphilj (1648-1651).

 

Il convaincra le pape avec la fontaine des Quatre-Fleuves. Celle-ci semble transgresser les lois de l'équilibre, la rigoureuse géométrie de l'obélisque égyptien s'opposant au naturalisme chaotique du socle, les lames d'eau qui jaillissent de ses rochers venant équilibrer et animer l'œuvre.

Cette gigantesque composition, commandée par Innocent X, domine la place Navone en rassemblant des éléments disparates. Afin de mettre en valeur l’obélisque, dont l’emplois était imposé par la commande. La fontaine est couronnée par l’emblème personnel du pape, la colombe des Pamphilj, qui tient un rameau d’olivier dans son bec et annonce partout la paix divine. (art du baroque p. 288)

 

Le pontificat d’Agostino Chigi, descendant du célèbre banquier toscan, dure 12 ans. Le fait marquant de ce règne est la conversion de Christine de Suède qui, après avoir abjuré en 1654, arrive à Rome en décembre 1655, passant sous la triomphale Porta del Popolo, décorée pour l’occasion par le Bernin (Scala p. 50). Au cours de sa vie, le Bernin profita de l’amitié de plusieurs personnes très distingués. L’une de ces amitiés fut celle qu’entretint l’artiste avec la reine Christine de Suède. Elle admirait l’artiste et ce fut sur sa demande que Baldinucci rédigea la biographie du Bernin (Wallace, Le Bernin et son temps. P. 146) . Pour Alexandre VII, le Bernin voit les choses en grand. Il commence la construction de la place à colonnade devant la basilique Saint-Pierre, résout le problème de la Scala Regia comme entrée triomphale des palais papaux, restaure la salle ducale et conçoit l’aménagement de la relique de la Chaire de Saint Pierre (Scala p. 50). C'est avec Alexandre VII que le Bernin entretiendra la plus intense collaboration. Le pape lui confie les tâches les plus variées parmi lesquelles la majestueuse chaire de Saint-Pierre. Alexandre VII Chigi est élu pape lors du conclave de 1655. Il fait revenir le Bernin et lui expose ses projets pour l’achèvement de Saint-Pierre (Scala p. 5). Le travail du Bernin pour l'église proprement dite s'acheva entre 1657 et 1666, pendant le règne d'Alexandre VII : il réalisa alors l'escalier royal et la statue équestre de Constantin. Il inventa une véritable machine théâtrale pour la cathedra Petri, siège constitué d'un faisceau de rayons de lumière qui glissent sur les statues et les décors en bronze doré. Enfin, il aménagea la place elle-même en réalisant la colonnade, dessinant dans la forme ouverte deux avancées, symbolisant des bras de l'Église qui accueille les fidèles. Le Bernin résolut également le problème de la visibilité de la coupole (réalisée par Michel-Ange). Sous le pontificat, d’Alexandre VII, le Bernin réalisera la plus importante des églises à plan centré, Sant'Andrea al Quirinale, dont les chapelles, ménagées dans l'épaisseur des murs, s'ouvrent sur une ellipse centrale.

 

Sous ce pontificat, les rôles du Bernin et de Borromini changent. Borromini s’isole dans une recherche plus minutieuse et tourmentée (jusqu’à son suicide en 1667), alors que Bernini se consacre avec beaucoup de succès à l’architecture (Scala p. 50).

 

Enfin, Alexandre VII et le Bernin collaborent à l'aménagement du parvis de Saint-Pierre, destiné à accueillir les fidèles pour la bénédiction papale. Le Bernin reçu, comme dernière commande du pape Alexandre VII, une requête qui présentait la même contrainte que la fontaine des Quatre-Fleuves d’Innocent X : il s’agissait de concevoir un socle sculpté pour l’obélisque mis au jour peu de temps auparavant dans le jardin du cloître de Santa Maria sopra Minerva. L’idée de se servir d’un éléphant sellé provenait d’un projet abandonné d’une sculpture de jardin. Le projet émet l’idée du déséquilibre momentanément contrarié, de même que la volonté d’évoquer le temps. Ce monument est comme un instant suspendu. Le Bernin a cherché aussi à opposer notre temps mortel à l’immortalité de la pensée antique. L’éléphant est devenu avec le temps le symbole de la puissance spirituelle et de la pérennité des papes (L’obélisque de la place Navone… l’œil, no 205…p. 23-24). Érigé à l’emplacement d’un ancien temple romain de Minerve et d’un sanctuaire du culte égyptien d’Isis, le monument s’inscrit dans la tradition du culte des déesses de la Sagesse (l’éléphant symbolise aussi la sagesse). En assemblant ainsi un éléphant et un obélisque dans un monument élevé en l’honneur d’Alexandre VII, le Bernin flattait l’érudition du pape. L’inscription latine sur le monument se lit comme suit :

 

« Que celui qui voit les images inscrites par les Égyptiens dans toute leur sagesse, images que porte cet éléphant, le plus fort des animaux, réfléchisse à la leçon qui suit : Aie de la force de craactère, appuie-toi sur une profonde sagesse » (Wallace, Le Bernin et son temps » p. 93) .

 

À la mort d’Alexandre VII, l’euphorie triomphale qui avait prévalu durant son pontificat retombe brutalement. (art du baroque p. 12).

 

C’est pendant le pontificat de Chigi que le Bernin fera son séjour en France à la cours de Roi-Soleil. Ses réalisations serviront de modèles à nombre d’architectures princières en Europe (Scala p. 6).

 

 
Parenthèse française[1]

 

C’est le ministre Colbert qui exigea la présence à Paris du premier artiste du pape; le Bernin avait déjà refusé l’invitation de Mazarin. Il a alors 67 ans et seul son ami Oliva, général des Jésuites, réussira à le persuader de partir au nom de la raison d’état (Scala p. 52). Mandaté par le Vatican, à la demande de Louis XIV, le Bernin part le 2 juin 1665 pour Paris, où il est accueilli princièrement. Colbert, surintendant des bâtiments du roi, lui commande un projet pour la façade du Louvre. De juin à octobre 1665, le Bernin est l’hôte du roi Louis XIV, dont il réalise un buste remarquable. Le roi vient souvent visiter l'artiste italien, pose pour lui, et se déclare satisfait du buste qu'il fait de lui.

 

« Considérant le buste, le Cavalier a dit qu’il avait dessein de faire que cette draperie parût comme si elle était de gros taffetas, qu’il ne savait pas s’il y réussirait. Mais en tout cas, al difetto dell’intelligenza, a-t-il dit, supplirà la diligenza (au défaut d’intelligence suppléera l’application). » – Paroles du Bernin rapportées par Chantelou (Scala p. 38)

 

Le Bernin a laissé à Rome ses « enfants » préférés, les travaux encore en cours de la chaire de Saint-Pierre, de la Scala Regia et de la majestueuse colonnade de la place Saint-Pierre (Scala p. 52).

 

« Il est nécessaire que je retourne à Rome, n’ayant congé que pour trois mois et des enfants que je ne peux faire venir, La chaire de Saint-Pierre et l’ouvrage de la place qui me tiennent à cœur. » - Gian Lorenzo Bernini (Scala p. 30)

 

De retour à Rome, le Bernin réalisera pour Versailles une statue équestre du Roi-Soleil. Sa sculpture sera transformée par Girardon en Marcus Curtius, et reléguée au bord de la pièce d'eau des Suisses.

 

« Il faut essayer de masquer l’artifice et donner aux choses une apparence plus naturelle, tandis qu’en France on fait généralement tout le contraire. » - Gian Lorenzo Bernini (Scala p. 32)

 

Ces réalisations hors de l’Italie permirent à Bernini d’acquérir une renommée internationale. Comme Pierre de Cortone, Carlo Rainaldi et quelques autres, le Bernin avait participé au concours international organisé par Colbert pour l'achèvement du Louvre. Grâce au Journal relatant la visite de Bernini en France tenu par Paul Fréart de Chantelou, maître d'hôtel du roi chargé d'assister le Bernin, nous sommes parfaitement renseignés sur ce séjour de cinq mois (juin à octobre) du Bernin à Paris. Il établit alors un nouveau dessin pour le palais du Louvre, que l'on renonça finalement à exécuter.

 

 

Les dernières commandes papales

 

À la mort d’Alexandre VII, les finances de la ville, de plus en plus exiguës, ne permettent pas de continuer les travaux au même rythme (Scala p. 6).

 

À partir de 1667, Clément IX Rospigliosi (poète et ami du Bernin à la cour Barberini) et Clément X Altieri se succèdent sur le trône papal et le Bernin vivra le début du pontificat d’Innocent XI (Scala p. 54). Giulio Rospigliosi, succédant au pape Chigi sous le nom de Clément IX (1667-1669), s’intéresse à Poussin, à Claude Lorrain, il favorise Maratta et confie au Bernin la décoration du pont Saint-Ange (Scala p. 6). Sous le pontificat de Clément IX (1667-1669), le Bernin achèvera le bras gauche de la colonnade Saint-Pierre et sculptera une nouvelle décoration pour le pont Saint-Ange. Mais le pape suivant, Clément X, ne donnant pas suite aux derniers grands projets de l'artiste (dont la tribune de Sainte-Marie-Majeure). En 1670, Clément X Altieri (1670-1676) impose une politique de sévères restrictions qui est en partie due au mécontentement général qu’inspire l’état désastreux des finances. Un avis des autorités communales datant de la même année parle d’une résolution contre « le cavalier Bernino, coupable d’avoir incité le Pontife à faire des dépenses inutiles à une époque si calamiteuse » (Scala p. 6). À l’époque des Altieri le Bernin traverse un moment difficile : peu après l’inauguration de la statue de Constantin, son frère Luigi, coupable de sodomie, est contraint de fuir Rome. Gian Lorenzo essaie de persuader Christine de Suède de faire suspendre le procès et exécute de nombreuses œuvres pour la famille papale. Trois ans plus tard, la grâce n’ayant toujours pas été accordée à Luigi, le Bernin s’engage à réaliser sans rémunération pour le cardinal Paluzzo Albertoni la statue de la bienheureuse Ludovica dans les affres de la mort (Scala p. 54). Le Bernin se remet alors à la conception de chapelles, comme la chapelle Fonseca de l'église San Francesco a Ripa.

 

Benedetto Odescalchi monte sur le trône pontifical en 1676 (1676-1689) sous le nom d'Innocent XI, les difficultés économiques persistent et les commandes se raréfient. À cette époque se produisent de profonds changements à la cour romaine. La ville, en proie aux épidémies et chroniquement mal gouvernée, décline inexorablement. Certains symptômes de ce malaise se retrouvent dans les édits moralistes d’Innocent XI. Le Bernin se replie sur lui-même, la sénilité d’une part et certains insuccès de l’autre semblent le pousser à réviser beaucoup de ses projets (Scala p. 54). Le Bernin est parmi les premiers à souffrir du moralisme papal; il doit faire revêtir la Vérité nue sur le tombeau d’Alexandre VII dans Saint-Pierre (Scala p. 54). Le Bernin transforme le palais du Latran en asile pour les pauvres, crée des églises de campagne, des chapelles de second plan ou d'assez modestes projets de statues.

 

Au cours des dernières années, les œuvres du Bernin sont pleines d’animation et ardentes de foi; des projets de restauration du palais de la Chancellerie pour Innocent XI Odescalchi, le huitième pape qu'il ait servi, l’aménagement de la « chapelle du Saint-Sacrement », conçue dans un premier temps comme une procession solennelle, ainsi que le buste du Salvator Mundi (Christ sauveur du monde), dernière œuvre du Bernin qu’il sculpte jusqu’à sa mort, à quatre-vingt-un ans, pour Christine de Suède (Scala p. 54). Cette œuvre aujourd’hui disparue fut le dernier témoignage de la piété dont cet homme comblé d'honneurs ne se départit jamais.

 

Il travailla jusqu’à sa mort le 28 novembre 1680 et il est enterré à Sainte-Marie-Majeure, à Rome où ses ossements sont mêlés à ceux de la tombe commune de la « nobilis familia Bernini » (Scala p. 54). Avec une grande liberté plastique, un sens aigu de l'espace, des matériaux et de la lumière, il fut le metteur en scène de la Rome baroque. Son talent lui valut de connaître, de son vivant, une gloire immense rarement ternie après sa mort.

On dit que Bernini aurait peint plus de cent cinquante tableaux ; la plupart sont malheureusement perdus et la peinture tient dans son œuvre une place secondaire (Effigies & Ecstasies ; .. p. 47) .

 

Partie II : Évolution et particularités du style du Bernin

 

Représentation du mouvement

 

Le Bernin domine la sculpture baroque en Italie. Son œuvre est marquée par une exceptionnelle liberté par rapport aux règles esthétiques en vigueur. C'est en représentant le naturel qu'il crée l'effet de surprise: à l'intérieur des églises, il sculpte les rayons du soleil, les nuages. Mais le naturel est d'autant plus spectaculaire qu'il s'accompagne de quelques artifices: c'est le geste qui compte, le mouvement, l'élan au bord du déséquilibre. Parmi ses premières réalisations, l’Enlèvement de Proserpine et Apollon et Daphné soulignent sa virtuosité dans le travail du marbre. Une nouvelle attention est accordée à la Nature qui conduit l’art à dérober à celle-ci son principe caractéristique : la mutation et le mouvement. La sculpture devient, en cette période de recherche artistique incessante, une seconde nature qui prend ses distances à l’égard des schémas fixes, se réfugiant dans la liberté de la métamorphose (FAGIOLO DELL’ARCO, Maurizio. « Le Baroque », p. 711). Ainsi, dès Apollon et Daphné, chef-d'œuvre de jeunesse, le Bernin propose un ballet naturaliste de la métamorphose, où l'élan théâtral des personnages semble entraîner la pierre, la matière elle-même: est-ce la nymphe ou le marbre qui se transforme en laurier? Par des jeux d’ombre et de lumière, il parvient à créer une tension théâtrale extrême. La souplesse du modelé, la délicatesse de la composition, et le choix du moment, particulièrement dramatique, donnent une impression d'instantanéité que le sculpteur a parfaitement su rendre. La façon dont l’artiste a su faire jaillir les feuilles de la chevelure de la jeune fille et de l’extrémité de ses doigts, la manière dont l’écorce se lance à l’assaut du corps de la nymphe firent sensation à l’époque.

 

« Tout Rome s’empressa d’aller admirer l’œuvre comme s’il s’agissait d’un miracle » - Baldinucci, biographe de l’artiste. (Wallace, Le Bernin et son temps. P. 28)

 

Le style adopté par l’artiste rapproche souvent la sculpture de la mise en scène de théâtre. Le Bernin en arrive à représenter dans une chapelle l’extase d’une sainte, moment vécue comme un instant théâtral, les commanditaires de la statue assistent à l’événement dans des loges, tout comme au théâtre. (Conti, Flavio. Connaître l’art. p. 279) Cette théâtralité se retrouvera dans les sujets religieux, de l'Extase de sainte Thérèse au gisant de la Bienheureuse Ludovica Alberoni de l'église San Francesco a Ripa. L’Extase de sainte Thérèse est exemplaire dans sa volonté de toucher le spectateur par une émotion bouleversante, mais contenue et intellectualisée puisqu’elle s’adresse à l’imagination. L'artiste a représenté l'instant suprême, celui de la transverbération, où la sainte a le cœur percé par la flèche de l'amour divin, tenue par l'ange. Les yeux mi-clos et la tête renversée de la sainte montrent qu'elle entre en extase, ce que souligne le drapé vigoureux aux plis profonds. Le rendu illusionniste des matières atteste la virtuosité du sculpteur. Le mouvement est une caractéristique majeure du baroque. Les personnages ne sont jamais représentés immobiles ou au repos, mais toujours en mouvement, en attitude plastique ou littéralement suspendus dans l’air.

 

 

VII.

Les filles du roi en N-F, 2ème partie

Cet ajout de la gratification royale avait pour but d’encourager et d’attirer les immigrantes françaises moins bien nantis mais elle joua considérablement contre les Canadiennes généralement trop pauvres pour avoir une dot ou un trousseau et qui se voyait délaissées pour les immigrantes profitant du soutient royal.

En 1670, l’intendant Talon réitéra les consignes de sélection des filles à envoyer :

« des filles qui n’aient aucune difformités naturelles, ni un extérieur repoussant, mais qui fusses fortes afin de pouvoir travailler dans ce pays et enfin, qu’elles eussent de l’aptitude à quelques ouvrages manuels.[29]»

 

Cette fois l’intendant met l’accent sur les capacités de travail rechercher chez les futures immigrantes.

En 1670, l’équilibre démographique semblait atteint et il n’y eut pas d’envoi de filles en 1672. La venue d’engagés que l’on désirait retenir dans la colonie fut à l’origine de la demande suivante émise en 1672, l’intendant Talon demande à Colbert que celui-ci lui envoi :

« des filles pour marier à beaucoup de personnes qui n’en trouvent point ici, et qui font milles désordres dans les habitations de leurs voisins, et surtout dans les lieux les plus éloignés, où les femmes sont bien aises d’avoir plusieurs maris…[30]»

 

De 1663 à 1673, il est venu en Nouvelle-France 76 filles du roi âgées entre 12 et 15 ans. Ce nombre étonnant s’accorde à la demande des autorités coloniales qui exigèrent des filles jeunes et en santé. Elles ne furent sans doute pas en mesure de seconder immédiatement leur mari dans les travaux. La plupart de ces fillettes venaient de la ville et s’établirent en ville[31].

En 1673, arrivèrent soixante filles formant le dernier contingent correspondant à la définition proposée par Lanctôt. D’après lui, entre 1663 et 1673, 961 filles du roi traversèrent vers le Canada. Selon le père Godbout, 864 se marièrent pendant la même période. Paul-André Leclerc révisa cependant les chiffres avancés par Lanctôt. D’après ses études, environ 841 filles auraient réellement traversé[32].

 

Plusieurs faits contribuent à expliquer cet écart entre les résultats. Premièrement, il faut tenir compte des discussions et des incertitudes entourant le contingent de 1639. Nous ne savons pas ce qu’il advint de ces filles. Deuxièmement, nous ne savons pas encore si le contingent de 50 filles prévu pour 1668 est réellement arrivé les témoignages sur ce voyage demeurent incomplets. En tenant compte de ces incertitudes qui porte à environ 80 le nombre de passagères sujettes à contestations et en observant la différence de 120 filles entre les nombres proposés par Lanctôt et Leclerc, il manque environ 40 filles dont nous aurions réellement perdu toutes traces.

Lors de leur arrivée, les filles étaient accueillies par le gouverneur, l’intendant et l’évêque qui leurs offrait une cérémonie d’accueil. L’organisation à l’arrivée de ces contingents royaux était complète et minutieuse; les autorités faisaient leur possible pour accommoder filles et demoiselles[33]. Les autorités demeurèrent extrêmement vigilant et ne manquèrent pas d’examiner les qualités morales et physiques des filles qui immigrèrent[34]. Il fallait les marier le plus tôt possible parce qu’entre temps elles étaient à la charge du roi et que certains désordres pouvaient être à redouter des célibataires masculins beaucoup plus nombreux. Quelques mesures furent adoptées afin de hâter les mariages[35]. Ces mesures forcèrent certaines malheureuses à faire des choix précipités et on constate que de 1663 à 1673, 85 filles durent annuler au moins un contrat de mariage alors que 22 signèrent des contrats sans suite. Cette augmentation des annulations est du sans doute à la brièveté des fréquentations[36]. Le choix des conjoints devait sûrement être pris en main par les filles car, moins nombreuses, elles pouvaient jeter leur dévolu sur les prétendants les mieux nantis. Les filles du roi durent se montrer exigeante dans le choix de leur mari. Elles s’assuraient d’abord que leur conjoint ait une terre et une maison prêt à être occupés car lorsqu’ils n’en avaient pas, la vie était difficile pour le jeune couple qui devait souvent vivre dans la pauvreté pendant plusieurs année avant de pouvoir exploiter eux-mêmes quelques ressources. Les hommes commençaient donc souvent par construire une maison et défricher un peu de terre avant de se choisir une épouse[37].

Les soldats et les engagés qui choisirent de demeurer au pays préférèrent épouser des filles du roi plutôt que des Canadiennes parce qu’elles bénéficiaient de secours du trésor royal.    

À partir de 1674, il n’y eut plus de grands contingents de filles à marier. Quelques-unes unes arrivèrent cependant en 1679 avec Marguerite Bourgeois; elles provenaient en partie du Séminaire Saint-Sulpice de Paris[38].

De 1673 à 1679 l’émigration européenne fut restreinte mais dès 1674, les Canadiennes furent assez nombreuses pour satisfaire à la demande du marché matrimonial[39]. 

L’espérance de vie des pionnières et de leur descendance fut inattendue; à vingt ans, la plupart d’entre elles pouvaient vivre encore 41 ans en moyenne; pratiquement aucune population à l’époque ne présentait un indice aussi élevé[40].  

 

Il n’existe pas de liste connue recensant les filles qui furent envoyées dans la colonie et c’est pourquoi les chiffres ne s’accordent pas tous. Sulte effectua des calculs d’après le Dictionnaire généalogique de Mgr. Tanguay et fournit des chiffres inférieurs à ceux de Gustave Lanctôt et de Jean-Paul Leclerc. Le dictionnaire de Mgr. Tanguay est cependant constitué à partir presque exclusivement de registres paroissiaux. Beaucoup de ces registres furent perdus ou détruits depuis le régime français. Mgr. Tanguay a donc du omettre un nombre considérable d’actes de mariages ce qui réduit les sources et les possibilités d’établir des statiques exactes. Les chiffres avancés ne peuvent qu’être (et demeureront probablement toujours) approximatifs car nous savons qu’un nombre considérable de ces filles entrèrent en communauté et également parce qu’on ne saura jamais combien gardèrent le célibat[41]. La vie qui attendait les filles du roi lors de leur embarquement était d’une exceptionnelle rudesse à cause principalement de la traversée et des hivers mais si elles survivaient à ces dangers, la Nouvelle-France répondait aux besoins élémentaires et leur fournissait une foule d’avantages qui auraient été inimaginables en Europe; tel que la possibilité de manger de la viande quotidiennement ce qui fortifia leur système immunitaire. Les filles mangèrent à leur faim des mets beaucoup plus diversifiés que le pain français (représentant jusqu’à 88% de l’alimentation des Européens) et devinrent ainsi de fortes pionnières. 

 

Le traitement historiographique des immigrantes  

Les premières rumeurs sur les filles du roi remontent au 17ème siècle alors que certains comme Lahontan et Beauchesne firent courir le bruit qu’elles étaient de petites vertus[42]. En 1641, le père LeJeune écrivit à son supérieur en ripostant du bruit déjà répandu que le contingent de 1639 était formé de mauvaises filles. Plusieurs écrivains français du 17ème et 18ème siècle propagèrent ces racontars et les écrivirent pour la postérité. Ces allégations de mauvaise vie furent donc rapportées à voix basse pendant près de deux cent ans puis elles furent publiées au grand jour. C’est pourquoi ces suppositions sont encore parfois véhiculées. La tâche de rétablir la vérité fut très ardue pour les historiens contemporains. S’il est maintenant (et déplorablement) reconnu que Roberval et La Roche embarquèrent des vagabonds et des femmes de mauvaises vies, les établissements qu’ils fondèrent furent de rapides échecs. C’est probablement ce qui décida les autorités coloniales et françaises à sélectionner une immigration de qualité. Gustave Lanctôt contribua grandement à rétablir les faits quant à la qualité et aux vertus des immigrantes. L’historien Yves Landry dressa un portrait très fidèle de la situation coloniale reprenant certaines découvertes de Lanctôt et réaffirmant la qualité et les vertus des filles du roi.   

 

Conclusion

Le Canada ne fut jamais une colonie pénale. Le conseil Souverain surveilla toujours l’immigration avec soin et vigueur et renvoyait presque toujours ceux dont la conduite était mauvaise ou qui ne possédaient pas assez de ressources physiques ou matérielles pour « se tirer d’affaire [43]». Il n’y eut aucun lieu en Nouvelle-France pour enfermer les femmes de mauvaises vies; elles étaient donc immédiatement renvoyées en France par bateau[44]. En 1750, il y eut au Canada un spectaculaire renversement de situation alors que quatre femmes en âge de se marier étaient disponibles pour un seul homme célibataire. Ce revirement de situation fut dû aux guerres et aux combats.                                                                         

Bibliographie 

BEAUDOIN, Marie-Louise. Premières, les filles du roi à Ville-Marie. Montréal, sœurs de la            congrégation Notre-Dame, 1971. 95 pages.

Collectif Clio. « Filles à marier », dans : L’Histoire des femmes au Québec depuis quatre siècles. Montréal, Le Jour, 1992. p. 60-64.

DUMAS, Sylvio. Les filles du Roi en Nouvelle-France; Étude historique avec répertoire            biographique. Québec, Société historique de Québec, 1972, Coll. « Cahiers             d’histoire », no 24. 382 pages.

DAWSON, Nelson M. « The filles du roy sent to New-France », dans : Historical Reflexion,            1889, 16-1, p. 66.

LANDRY, Yves. « De France à Nouvelle-France : les filles du roi au XVIIe siècle », dans :             Famille, Économie et société rurale en contexte d’urbanisation. 1990. p. 349-358.

LANDRY, Yves. « Migrations internationales et comportement démographique. La                  canadianisation des filles du roi au XVIIe siècle », dans : Annales de démographie             historique. Paris, Société de Démographie Historique – E.H.E.S.S., 1990. p. 337-344.

LECLERC, Paul-André. « Le mariage sous le régime français », dans : Revue d’histoire                    d’Amérique française. Vol. XIV no. 1 (juin 1960), Montréal. p. 34-60.

LECLERC, Paul-André. « L’émigration féminine vers l’Amérique française au XVIIe et             XVIIIe siècles. » (2ème livre), Thèse de doctorat, Paris, Faculté de lettres de l’institut            catholique de    Paris, 1966. 208 pages.

MALCHELOSSE, Gérard. « L’immigration des filles de la Nouvelle-France au XVIIe              siècle ». Montréal, Les cahiers des Dix, no 15, 1950. p. 55-79. 

PRENTICE, Alison & al. Canadian women : a History. Toronto, Harcourt Brace Jovanovich,             1996 (1988). 510 pages.

RENAUD, Paul-Émile. Les origines économiques du Canada; l'œuvre de la France. Mamers,             1928. 488 pages.


[1] Dumas, Sylvio, Les filles du Roi en Nouvelle-France; Étude historique avec répertoire biographique.                     Québec, Société historique de Québec, 1972, Coll. « Cahiers                d’histoire », no 24.  p. 36.

[2] Dawson, Nelson M, « The filles du roy sent to New-France », dans : Historical Reflexion, 1889, 16-1, p. 76.

[3] Malchelosse, Gérard. « L’immigration des filles de la Nouvelle-France au XVIIe                siècle ». Montréal, Les                cahiers des Dix, no 15, 1950. p. 58.

[4] Leclerc, Paul-André, « L’émigration féminine vers l’Amérique française au XVIIe et XVIIIe siècles. » (2ème         livre), Thèse de doctorat, Paris, Faculté de lettres de l’institut                catholique de Paris, 1966. p. 254.

[5] Leclerc, Paul-André, op. cit. p. 257.

[6] Leclerc, Paul-André, op. cit. p. 265.

[7] Leclerc, Paul-André, op. cit. p. 265.

[8] Leclerc, Paul-André, op. cit. p. 265.

[9] Dawson, Nelson M, op. cit., p. 67.

[10] Leclerc, Paul-André, op. cit. p. 267.

[11] Leclerc, Paul-André, op. cit. p. 269.

[12] Malchelosse, Gérard, op. cit., p. 61.

[13] Malchelosse, Gérard, op. cit., p. 65.

[14] Dawson, Nelson M, op. cit., p. 66.

[15] Leclerc, Paul-André, op. cit. p. 276.

[16] Leclerc, Paul-André, op. cit. p. 277.

[17] Leclerc, Paul-André, op. cit. p. 277.

[18] Dumas, Sylvio, op. cit. p. 63.

[19] Dumas, Sylvio, op. cit. p. 36.

[20] Dawson, Nelson M, op. cit., p. 69.

[21] Ibid.

[22] Ibid.

[23] Dawson, Nelson M, op. cit., p. 71.

[24] Dawson, Nelson M, op. cit., p. 73.

[25] Dawson, Nelson M, op. cit., p. 70.

[26] Leclerc, Paul-André, op. cit. p. 288.

[27] Dumas, Sylvio, op. cit. p. 66.

[28] Leclerc, Paul-André, op. cit. p. 277.

[29] Dawson, Nelson M, op. cit., p. 73.

[30] Leclerc, Paul-André, op. cit. p. 303.

[31] Dumas, Sylvio, op. cit. p. 65.

[32] Leclerc, Paul-André, op. cit. p. 308.

[33] Leclerc, Paul-André, op. cit. p. 310.

[34] Dumas, Sylvio, op. cit. p. 36.

[35] Dumas, Sylvio, op. cit. p. 37.

[36] Dumas, Sylvio, op. cit. p. 38-39.

[37] Dumas, Sylvio, op. cit. p. 39.

[38] Dawson, Nelson M, op. cit., p. 75.

[39] Dawson, Nelson M, op. cit., p. 75.

[40] Landry, Yves, « De France à Nouvelle-France : les filles du roi au XVIIe siècle », dans : Famille,                     Économie et société rurale en contexte d’urbanisation. 1990. p. 354.

[41] Dawson, Nelson M, op. cit., p. 76.

[42] Dumas, Sylvio, op. cit. p. 80.

[43] Dumas, Sylvio, op. cit. p. 72.

[44] Dawson, Nelson M, op. cit., p. 67.

Les filles du roi en N-F., 1ère partie

Introduction

J’ai débutée cette dissertation avec l’intention d’établir une comparaison entre l’immigration féminine en Nouvelle-France au 17ème siècle et celle du 18ème siècle. J’ai vite constaté que ces deux périodes n’étaient en aucun cas comparable à ce niveau étant donné que le 17ème siècle fut le seul où vinrent des immigrantes en nombre suffisant pour être qualifiées de "convois". J’ai par contre découvert qu’au travers de ce seul 17ème siècle quatre phases se démarquent dans l’évolution de l’immigration coloniale féminine. De 1634 à 1663, les premières filles arrivèrent principalement accompagnées de leur famille, quelques fois accompagnées de religieuses, mais généralement elles étaient peu éduquées et issues des campagnes. De 1663 à 1670, le ministre de la marine Colbert tenta d’établir au Nouveau Monde des orphelines, filles pauvres et désavantagées de France; elles avaient ainsi la chance d’une vie meilleure et le ministre pouvait se décharger de femmes et filles vivant de la charité des Parisiens. Ces filles provenaient principalement des maisons de charité à Paris, elles étaient bien élevées, mais étaient pauvres et ne savaient, pour la plupart, ni lire ni écrire. À partir de 1668, quelques efforts furent faits pour tenter de recruter des filles ayant une certaine éducation sachant surtout lire et écrire. L’immigration reçue entre 1670 et 1673 fut composée de jeunes filles majoritairement issues de la campagne, ne sachant ni lire ni écrire, mais étant robustes et qualifiées pour le dur labeur paysan.

 

Il est très intéressant d’étudier le traitement dont bénéficiaient ces filles au cours de toutes ces périodes d’immigrations et ce, tant à l’embarquement, lors de la traversée que lors de leur arrivée au pays. L’historiographie concernant nos pionnières ne fut pas tendre à l’origine mais plusieurs historiens contemporains ont su démystifier nos ancêtres qui, à défaut d’être éduquées, avaient plus de courage que beaucoup d’entre nous aujourd’hui.

  

Traverser l’océan, au 17ème siècle, à bord de navires chargés était inconfortable, risqué, long (2 mois) et pénible. Les maladies prenaient souvent naissance à cause du manque d’hygiène et plusieurs passagers n’arrivaient pas à destination[1]. Avant 1665, il n’était pas rare de perdre jusqu’au quart des convois de filles envoyées vers la Nouvelle-France[2]. La traversée faisait ainsi office de sélection naturelle épargnant les filles les plus robustes et les plus saines.

 

Immigration des femmes jusqu’en 1663

De 1634 à 1663, plus de 200 filles vinrent s’établirent en Nouvelle-France et les quatre septièmes provenaient de milieux ruraux. La première mention de convois de filles à marier remonte à 1639, le navire partant de Dieppe était commandé par le capitaine Bontemps et amenait à son bord une trentaine de filles et quelques religieuses[3]. Avant cette époque, le généalogiste Archange Godbout ne dénombre que six filles venues seules au pays. 

Selon le Mercure Français, tome 23 parut en 1646, « l’on tire tous les ans un assez bon nombre de filles de l’Hospital Saint-Joseph du faubourg Saint-Germain de Paris.[4]»

Les associés chargés de recruter et de faire traverser des pionniers, hommes et femmes, n’avaient pas l’autorisation d’amener des forçats, des mendiants ou des gueuses. Cela témoigne de la volonté du roi et du Cardinal de Richelieu de ne pas voir la Nouvelle-France devenir une colonie pénale comme le furent certaines îles des Antilles[5]. Les armateurs responsables de l’embarquement subirent une étroite surveillance car la France désirait convertir les sauvages tout en instaurant au pays une moralité jugée essentielle par les autorités[6].   

Le père Godbout, écrivit que « les veuves ou filles venues seules en notre pays…sont au nombre de 29… » Aucun mouvement important ne dirigerait des filles à marier vers la Nouvelle-France. « Les vaisseaux n’en laissent au pays que de quatre à huit par année, soigneusement encadrées et triées sur le volet.[7]»    

Nous pouvons conclure, avec l’aide du père Godbout, qu’avant 1649, « la Nouvelle-France ne reçut aucun contingent de filles à marier.[8]» Celles qui vinrent entre 1639 et 1649 étaient accompagnées de leurs parents ou d’une personne qui garantissait leur bonne conduite antérieure[9]. La nouvelle rapportée en 1649 par le Mercure Français s’avère donc fausse ou largement exagérée. Mais qu’en est-il du convoi de 1639? Nous possédons pourtant une lettre du père LeJeune attestant des bonnes vertus des filles arrivées cette année là; nous connaissons de plus le port de départ et le capitaine de ce voyage mais nous ne savons rien des pionnières qu’il avait à son bord et c’est pour cette raison que ce contingent n’est pas sûre, aucunes de ces filles n’auraient laissé la moindre lettre, trace ou registre.

 

En 1653, le père Godbout signala que les quelques filles qui arrivèrent « ne se marièrent pas l’année de leur débarquement. Elles se préparèrent une année durant, vraisemblablement sous la tutelle de sœur Bourgeois des Ursulines de Québec, aux devoirs de la vie conjugale.[10]» Cette préparation s’avéra nécessaire car plusieurs filles n’imaginaient pas la rigueur de la vie qui serait la leur pas plus qu’elles ne mesuraient l’ampleur des tâches pionnières à accomplir.

Une année de préparation fut également imposée aux filles qui débarquèrent en 1657[11].

En 1654, la reine Anne d’Autriche envoya quelques filles fort honnêtes tirées de quelques maisons d’honneurs[12].

Les filles admises dans la colonie n’étaient pas petite vertu puisqu’elles provenaient de maisons d’honneurs et qu’elles étaient rigoureusement encadrées par des religieuses. Le contingent de 1654 fut accompagné par mère Marie Renée Boulic de la Nativité.

En 1658, le vicomte d’Argenson rendit un jugement sévère envers l’armateur François Péron qui avait fait traverser « une fille débauchée, actuellement grosse ». Il fut condamné à défrayer les coûts nécessaires pour la ramener en France en plus d’avoir à « verser une amende à l’Hôpital de Québec »[13]. Un tel jugement démontre l’étroite surveillance exercée par les autorités à l’arrivée des vaisseaux. Cette sanction eut également pour but de faire comprendre à tous que le Canada est une colonie différente des colonies des îles, non seulement par sa géographie, mais surtout par la sélection et la qualité de ses immigrants.

Parmi le contingent de 1659, accompagné par Marguerite Bourgeois, se trouvaient 17 jeunes filles pauvres qui furent placées sous l’autorité de Mgr. de Laval. Peu de temps après, Marguerite Bourgeois ouvrit son « foyer » pour jeunes filles à Montréal qui était destiné à assurer la protection des immigrantes jusqu’au choix d’un époux. Les activités de cet établissement cessèrent en 1673 avec le dernier contingent des filles du roi[14].             

 

De 1663 à 1670, des filles du roi de toutes conditions

L’épisode des filles du roi peut être divisé en deux parties; de 1663 à 1670, les contingents furent plus diversifiés. Les filles provinrent alors de toute la France, l’écart des années entre la plus âgée et la plus jeune était près de trente ans et seulement 20% d’entre elles savait signer leur nom. Ce taux d’analphabétisme médiocre est pour le moins surprenant lorsqu’on sait que la majorité de ces filles étaient recueillies à l’Hôpital général de Paris et que cet établissement avait pour mission d’instruire les je